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 Curiosity killed the Karkat - Homestuck

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Plumy

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   8/9/2013, 20:54

Ça fait une semaine depuis tout ce putain de bordel qu’il y a eu autour du prof de maths, de mon renvoi et du retour de Snowman – un peu flippant, je dois l’avouer. Depuis, la vie est revenue à peu près à la normale. Enfin disons, dans les limites du possible, étant donné que je m’étais pas raté en hurlant à la tronche des cons qui avaient attaqué John qu’il était mon moitiesprit. Autant dire qu’on fait actuellement pas mal jaser dans les couloirs.
Mais bon, tant pis. Tant que je suis avec lui, j’imagine que ça vaut tout ce putain de bordel.
 
Nous sortons en vitesse du bureau de Mr. Slick, qui nous invective encore alors qu’on est à plus de dix mètres de la porte – et le pire, c’est que je l’entends d’ici. Il a la voix qui porte, putain !
Je dois bien avouer que pour le coup, John a eu une idée assez brillante de demander à ce que j’intègre sa chambre vu qu’il était tout seul. Bien sûr ça va me faire un peu bizarre de ne plus être seul, ni dans le dortoir des trolls… mais à ce que j’ai compris des regards entendus, certains de mes amis trolls semblent aussi intéressés par l’idée de rendre les dortoirs mixes au niveau des races.

Ce pauvre Slick qui va devoir faire face à des hordes d’élèves voulant changer de chambre. Ou, quoi que… peut-être est-ce plutôt « ces pauvres élèves ». Enfin bon.
 
La main de John se resserre un peu sur la mienne tandis qu’il me jette un regard qui brille – on dirait une fucking ampoule de 400’000 watts – d’amour et de joie. Un sourire plus tard, et il me lance joyeusement :
 
« Bon, on va chercher tes affaires ? »
 
J’imagine sans peine le rire qui danse dans son esprit tandis que j’acquiesce à mon tour, tentant en même temps de sauver les apparences mises à mal par ce putain de sourire qui veut se frayer un chemin sur ma gueule.
… Peine perdue.
 
Après un petit crochet pour venir demander Gamzee de nous filer un coup de main, nous repartons tous les quatre – oui, Dave était avec lui et s’est invité en chemin, déclarant que ma chambre devait vraiment être un endroit  « Au summum de l’ironie » qu’il devait absolument voir – en direction de mon futur ex-lieu de vie.
Il nous faudra pas moins de toute la matinée pour vider mes armoires, défaire mes draps, ranger toutes mes affaires dans des sacs pour ensuite tout transporter à l’autre bout du dortoir dans la chambre double de John, et tout réinstaller. D’ailleurs, au vu du bordel qui règne dans les armoires de cet adorable crétin, je sens que je vais pas réussir à me retenir à faire une razzia-ménage, un de ces quatre.
Enfin bon.
 
Le rangement donnera lieu à quelques engueulades diverses – « Hé, c’est quoi ça, Karkat ? Un crabe en peluche ? – Ta gueule. – Nan sérieux, c’est un crabe en peluche ? – Ta gueule, j’ai dit ! – Héhé, oui c’est ça Dave, je le lui ai offert pour Noël. Il dort même av… - MAIS PUTAIN, VOS GUEULES J’VOUS DIS !! – Honk ! – AAAAH TOI GAMZEE COMMENCE PAS HEIN ! » – mais dans l’ensemble, à la fin de la matinée, tout est bon. J’ai complètement et définitivement déménagé pour faire atterrir toutes mes possessions dans la chambre de mon moitiesprit qui me semble rayonner encore plus de bonheur qu’avant – si c’est possible.
 
Nous sommes rappelés à l’ordre par nos ventres qui semblent penser qu’une petite visite à la cafétéria est une très bonne idée – elle devient donc notre prochaine destination, le chemin étant ponctué de tirades prononcées « à la cool » (Dave), de cris (moi) et de rire (les deux autres crétins restants).
Une fois dans le réfectoire, plusieurs autres du groupe – je compte Rose, Jade, Kanaya, Terezi et Sollux – nous rejoignent à la table où nous sommes assis. Le début du repas est plutôt calme… jusqu’à ce que la fourchette de Terezi ne … glisse. Enfin, c’est ce qu’il semble se passer.
 
Elle « glisse », donc, et la purée qui était dessus s’envole dans un magnifique vol plané digne des plus grands Boeings 747 pour venir terminer sa course sur… les lunettes de Dave. Celui-ci, mis à part un petit mouvement sur le côté à cause de l’inertie, lorsque le projectile le frappe, ne bouge pas.
Non, sérieusement, il bouge pas. Il reste là, sans rien faire, pendant bien dix secondes, la purée coulant sur le rebord de ses lunettes plus si ironiques que ça. Enfin, dans un silence parfaitement religieux, on entend sa voix prononcer.
 
« Pas cool, sis. »
 
Un rire hystérique plus tard, Terezi se retrouve à son tour les lunettes couvertes de purée. Un rire pouffé en provenance de Lalonde se fait discrètement entendre.
Pas assez discrètement. Terezi l’ayant entendue – et reconnue – attrape sa fourchette pour se venger. Sauf que le fait d’être aveugle n’aide pas à viser, et c’est Jade qui s’en prend plein la poire.
Qui, elle, rapplique avec une adresse légendaire, adressant donc son envoi amidonné … en plein dans la poire de Sollux. Je ne peux retenir à mon tour un ricanement…
 
Qui me vaudra une vengeance gluante directe.
 
Après ça, je ne sais plus trop ce qui se passe en détail. Je sais juste qu’en entendant le ricanement de je-sais-pas-qui-on-s’en-fout-il-s’en-prendra-quand-même, j’attrape à mon tour la purée dans mon plat pour la bombarder sur qui je peux. Ça finira en véritable guerre à la purée, avec des soldats couverts de cette substance et dégoulinants de partout.
Mais carrément morts de rire.
Après l’intervention d’un pion qui nous fait vaguement la morale – bien qu’on puisse voir à son sourire qu’il a tout autant envie de rire que nous -, nous sommes renvoyés dans nos chambres respectives pour faire un brin de toilette et nous changer.
 
John y passe le premier tandis que, assis devant la petite table, j’essaye de lire sans en mettre plein mon livre – ce qui, avec mes cheveux tout gluants, n’est pas très aisé. Il faudra une bonne vingtaine de minutes à cet adorable crétin pour terminer sa douche et en ressortir propre comme un sou neuf.
Avec un rictus sur le visage, en me voyant, qui me donne envie de lui faire un gros câlin afin que sa douche n’ait servi à rien. Enfin, ça risquerait de virer en cercle vicieux si je faisais ça, donc vaut mieux éviter. Je me lève donc, laissant mon livre où il est, pour aller dans la salle de bain pour me doucher.
 
Un petit quart d’heure plus tard, je me sens déjà plus propre. Le temps de vaguement me sécher les cheveux en les frottant avec une serviette, et je ressors de la douche pour trouver John assis à la petite table devant le terrarium de sa salamandre, cette dernière nichée dans ses bras. Il me sourit doucement quand je m’assieds à côté de lui, caressant du bout des doigts la petite créature.
 
« Contente de savoir qu’elle est toujours en vie, je grogne, pour tenter de cacher mon attendrissement face à cette petite bestiole, ma foi quand même un peu mignonne.
- Hé ! T’es méchant ! C’est pas comme si j’allais mal m’en occuper… 
- Mpf, je lâche, peu convaincu. »
 
Il me lance un regard un peu vexé, puis tout à coup un autre de ses sourires malicieux éclaire son visage. Un de ces sourires qui me disent en général que je suis tout à coup pas très loin d’être un peu dans le caca. Ohoh. Qu’est-ce qu’il a encore inventé ?!
Je n’ai pas le temps de réagir qu’il s’est approché de moi, et a glissé avec délicatesse la salamandre dans mes mains. Je suis bien obligé de la réceptionner du mieux que je peux, peu désireux de la laisser s’écraser par terre. Je pense pas qu’il me le pardonnerait, de toute façon.
 
« Héééééé mais putain qu’est-ce que tu f…. !!
- CHuuuuuuut ! m’intime-t-il. Crie pas, tu vas l’effrayer. Tu peux la garder le temps que je nettoyer sa maison ? »
 
Comme si j’avais le choix, avec ces yeux là en face de moi.
Je grogne vaguement un assentiment, et le regard s’éloigner avec le vivarium dans les mains en direction de la salle de bain. Puis, rebaissant le regard, je reporte mon attention sur la petite chose chaude que je tiens. Cette dernière n’a pas vraiment bougé, respirant avec calme entre mes doigts. Incroyable. J’pensais pourtant que les animaux en général avaient peur des trolls, puisqu’on est en quelque sorte les prédateurs ultimes…
Ça veut dire quoi ça, que je suis pas si effrayant que ça ? Pfin, je t’en donnerai moi !
 
Mais je suis quand même surpris par son contact. C’est la première fois que je touche vraiment cette bestiole, ne l’ayant approchée que pour l’acheter, vaguement la nourrir et la remettre ensuite à John. C’est étonnant, c’est plus… chaud que ce que je pensais. Et puis c’est tout doux, et un peu glissant. Et je sens son cœur qui bat, tout vite, sous mes doigts. C’est… étrange.
Comme si elle avait entendu mes pensées, la bestiole lève la tête pour me fixer droit dans les yeux avec ses pupilles chelou. On reste en chien de faïence bien trente secondes, avant qu’elle ne fasse une bulle.
 
Une bulle.
Une fucking putain de bulle, là, qui apparait au coin de sa bouche.
Sérieux, what the fuck ?
 
« Héhé, je crois qu’elle t’aime bien ! »
 
Je sursaute, étonné d’entendre la voix de John près de moi. Ce fourbe s’est glissé dans mon dos sans que je m’en aperçoive.
Je grogne, peu convaincu, puis lui tends délicatement la bestiole. Il rigole un peu, puis pose le vivarium – désormais propre et réaménagé – pour récupérer sa salamandre et la remettre – après deux ou trois câlins, mpf. – dans son habitat.
Il referme le dessus avant de me jeter un coup d’œil et un sourire.
 
« Je l’ai appelée Casey. 
- Et qu’est-ce que ça doit me faire ? »
 
Un instant de blanc, comme si j’avais prononcé la plus horrible des insanités. Il me fixe avec les yeux écarquillés, comme au bord de la crise cardiaque. Je lève un sourcil.
 
« Quoi, tu t’essayes à imiter les poissons maintenant ? 
- Mais… mais mais mais, comment ça ? Je veux dire… c’est… Casey ! De Con Air !
- Connais pas.
- Mais si, je t’en ai parlé, quand on était allé voir ton lusus !
- Ah…. ouais, peut-être. »
 
Il me jette un autre coup d’œil suspicieux.
 
« Tu veux dire… qu’après le magnifique résumé que je t’ai fait, tu n’as pas essayé de le voir ?
- J’avais mieux à faire, ouais. »
 
Autre expression scandalisée.
Puis, une seconde plus tard, l’expression change pour devenir déterminée. Si déterminée que je commence à avoir des frissons de crainte, le long de ma colonne vertébrale.
 
« Bon, bah puisque c’est comme ça, il faut que je te le fasse regarder moi ! Tout  de suite ! »
 
Il a lancé ça en essayant de bondir sur ses pieds, mais est vite arrêté par ma main, bloquée sur sa manche. À cheval entre la position de bout et celle assise, il me lance un regard interloqué.
 
« Qu’est-ce qu’il y a ?
- Tu comptes me le faire regarder ? Maintenant ?
- Bah, oui ! On est samedi après-midi, on a rien d’autre à faire, donc c’est le moment idéal pour…
- Nos devoirs.
- Quoi ?
- Tu as dit qu’on avait rien à faire. Pas d’accord. Il y a nos devoirs pour la semaine, et les épreuves qu’on a dans les prochains jours.
- Mais… ! Karkat !
- Pas de mais. Ramène tes affaires, et que ça saute. »
 
Insensible à son regard de chien battu, je me relève à mon tour et me dirige vers les affaires posées un peu en vrac sur mon bureau – je me demande pas qui a posé tout ça là, tiens… - pour attraper mon agenda, vérifiant dans quelles matières nous avions des devoirs. Quelques minutes plus tard, toutes nos affaires sont étalées sur la table, tandis qu’assis côte à côte, nous planchons sur des exercices d’anglais.
 
Je ne regarde pas vraiment l’heure tourner, mais entre les différents exercices donnés pour les cours d’anglais, d’alternian, de math, d’ecto-biologie et les révisions d’autres branches, nous nous en retrouvons occupés pour bien tout le reste de l’après-midi. En fait, c’est des grognements intempestifs du ventre de John – ou du mien, je ne sais pas trop – qui nous sort de notre travail pour nous rendre compte qu’il est déjà dix-huit heures passées. Un regard implorant de John plus tard, et nous refermons nos cahiers au moins jusqu'au lendemain – pas de doutes qu’il ne voudra pas recommencer à travailler ce soir. Boh, pas grave, à force de le côtoyer j’arriverais bien à le convaincre que travailler c’est cool.
 
Oui, j’ai de l’espoir.
Je sais.
 
Nous rejoignons la cafétéria un peu avant 19h, retrouvant Sollux, Gamzee, Aradia et Jade – les autres ayant visiblement déjà mangé. Le repas cette fois-ci se déroule plus calmement – même si je vois de loin que le pion garde un œil fixement vissé sur nous, comme s’il avait peur qu’on ne déclenche à  nouveau une guerre dans le self.
L’humeur est au beau fixe au milieu de la table, tandis que nous discutons les uns avec les autres, entre cris – souvent les miens – discussions et rires. Malgré ça, je ne peux m’empêcher de capter parfois des regards de certains trolls qui ont l’air pas mal dérangés par le fait que notre table soit mixte et si joyeuse. Je sais qu’invités par notre exemple, d’autres humains se sont parfois mêlés à certains trolls, mais ils sont loin d’être aussi expressifs que nous, à mon avis.
 
Parfois, certains regards sombres me fichent vraiment la trouille, je dois l’avouer.
Mais le bleu curieux des yeux de John, assis en face de moi, me ramène en général très vite à la réalité, empêchant mes sombres pensées de m’y noyer. Je tente de le rassurer d’un sourire mais je sens bien qu’au bout d’un moment, cela ne marche plus. Voilà pourquoi je ne suis que très peu surpris quand, lorsque nous retournons dans notre chambre – bon sang, j’ai toujours du mal à m’y faire, ça. Notre chambre… ça fait bizarre, comme une chaleur dans mon ventre – il se tourne vers moi avec un regard inquisiteur.
 
« Qu’est-ce qu’il y a ? je lance nonchalamment tandis que je m’assois sur son lit.
- Eh bien… »
 
Il vient s’asseoir en face de moi, à même le sol, plongeant son regard dans le mien. Je sens mon cœur frissonner – si si, je suis sûr que ça se peut – tandis qu’il lance d’une voix hésitante.
 
« Il y avait un truc qui allait pas, au repas ? T’avais pas l’air dans ton assiette.
- Encore heureux, j’en aurai eu plein la figure. »
 
Un petit rire, mais il redevient vite sérieux.
Flûte, loupé.
Soupirant, je reprends la parole.
 
« Nan, c’est rien, t’inquiètes pas. C’est que des conneries. Ou alors c’est ma propre imagination qui déconne. C’est rien, je t’assure. » 
 
Je vois ses sourcils se froncer, son regard sur durcir. Oulah, euh, qu’est-ce que j’ai dis de travers ?
 
« Karkat, la dernière fois que tu m’as dit ça, on s’est fait agresser et t’as bien failli être renvoyé. Je t’avais déjà dit que si je voulais m’inquiéter, c’était mon problème. Qu’est-ce qu’il y a ? »
 
Je pousse un profond soupir.
Je me doutais bien que je ne pourrais pas le duper cette fois-ci. Fais chier.
Tendant la main, je me penche jusqu’à pouvoir la poser sur sa joue, souriant en le sentant se blottir contre elle. Je me penche encore un peu jusqu’à pouvoir attraper sa nuque afin de le rapprocher de moi. Après une manœuvre un peu délicate – c’est dur de faire comprendre à quelqu’un en silence ce qu’on veut qu’il fasse – il se retrouve le dos contre le bord de son lit, sa tête reposant contre mes jambes, mes mains farfouillant dans son cuir chevelu, le saphir de ses yeux plongé dans les miens.
 




« C’est… je suis juste pas sûr de ce que c’est. Mais il me semblait que des trolls nous regardaient de travers, tout à l’heure, quand on mangeait.
- De travers ? Mais… Tu crois qu’ils t’en veulent encore ? »
 
Je fais la moue, pas tout à fait sûr de ce que j’avais. À mon avis, c’est pas tout à fait ça…
Finalement, je finis par secouer la tête.
 
« Nan… c’est pas à cause de mon sang. Enfin je crois pas. »
 
Ok, vu la gueule qu’il tire, il a pas compris. Pourquoi ça m’étonne pas ?
Je gratte un peu son cuir chevelu, mes yeux toujours plongés dans les siens, avant de venir frôler du doigt la marque de plus en plus discrète sous son oreille, là où j’avais laissé un suçon il y a un peu plus d’une semaine. Je souris en le sentant frissonner.
 
« Ils ne sont pas idiots. Avec ce que je leur ai gueulé dessus quand ils t’ont attaqué et ce genre de chose… ils ont bien compris ce que tu étais pour moi. Et je pense que ça risque bien de ne pas plaire à certains. C’est ce qui m’inquiète un peu.
- Mais … alors qu’est-ce qu’on doit faire ? Ça aurait pas été mieux de…
- De… ? »
 
Il déglutit à mon ton, et je sens que les mots qu’il prononce ensuite lui coûtent beaucoup.
 
« De… chais pas, de rester discret ? De rester loin de l’autre, pour ne pas se faire remarquer ?
- Hors de question. »
 
Il hausse un sourcil tandis que je me baisse, me pliant presque en deux pour venir poser son front contre le mien, son souffle chatouillant mes mèches folles. Je goûte un moment au calme de cet instant, à sa respiration tranquille, la douceur de sa peau ou de ses mèches sous mes doigts, le son un peu étouffé de son cœur qui parvient malgré tout jusqu’à mes oreilles.
Enfin, je murmure.
 
« Je veux pas me cacher. On fait rien de mal, pourquoi je me cacherais ? Tu es mon moitiesprit, John. Ils peuvent rien faire contre ça. »
 
Un instant de silence tandis que je l’entends plus que je ne le vois sourire, puis je termine dans un souffle.
 
« T’es à moi. »
 
Un petit rire, et une voix qui chuchote à mon oreille, tandis qu’une main se pose sur ma nuque.
 
« Et toi à moi. T’as raison. 
- Content de te l’entendre dire, je grogne. »
 
Relevant un peu la tête pour replonger mes pupilles d’obsidienne dans les siennes, je me penche à nouveau quelques instants plus tard pour déposer un baiser sur son front. Puis un autre, un peu plus bas, juste au-dessus de ses sourcils Et je descends comme ça le long de son nez jusqu’à ses lèvres, que j’embrasse avec délicatesse, ne me lassant pas de câliner sa bouche de la mienne.
Il nous faut bien quelques minutes pour parvenir à nous arracher l’un de l’autre, les yeux un peu plus brillants, le souffle court. Il rit, et son rire réchauffe mon cœur comme seul lui sait le fait. Je me relève un peu, sourire aux lèvres, et il profite de ce répit pour se relever, tout joyeux.
 
« Bon ! Je te le montre, ce film ? »
 
Hé ?
 
« Tu sais bien, continue-t-il en voyant mon air circonspect. Con Air ! 
- Ah… ouais. Bah… si tu veux oui. »
 
Un autre de ses immenses sourires fend à nouveau son visage – mon dieu, dans quoi je me suis embarqué, moi ? – et il part en sautillant vers un des tiroirs de son bureau pour en sortir un boitier de DVD. Quelques minutes plus tard, nous sommes tous les deux confortablement installés dans son lit, un ordinateur sur nos jambes côtes à côtes tandis que le générique du film débute.
 
..

 
 
…….
 
 
 
Qu’est-ce que c’est.
Que ce.
Truc.
 
C’est la seule pensée qui tourne dans mon esprit tandis que le film se déroule, va de plus en plus loin dans l’actual fuck qui est en train de tuer mes neurones un par un.
Pourquoi ça m’étonne pas que cette chose soit son film préféré ? Bon sang, mais y a même pas d’intrigue amoureuse, c’est… c’est carrément n’importe quoi ! Ya pas de trolls, ok, ça je m’en doutais, mais… pas d’ecto-biologie ? Pas de quadrants ? Pas…
 
C’est…
C’est presque désolant.
J’arrive pas à comprendre comment il peut tant aimer un truc aussi pauvre en scénario. Et qui explose tant de tous les côtés. Et puis sérieux, c’est quoi cet acteur principal ? Il dit qu’il s’appelle… Nicolas Cage, je crois ?
Carrément ridicule.
 
Je cligne des yeux, la tête posée sur l’épaule d’Egbert. J’espère qu’il l’a pas trop remarqué, mais… bon sang, je suis en train de me battre pour ne pas fermer les yeux trop longtemps.
Ni bailler. C’est super dur ça, de se retenir de bailler.
 
Repositionnant un peu ma tête, j’entends vaguement John me dire de faire attention, parce que c’est la meilleure scène.
Il a déjà dit ça quatre fois ou c’est moi qui déconne ?

Ça doit être moi qui déconne.
 
Je tente de me concentrer sur le déroulement de la scène, mais c’est limite peine perdue. Je cligne des yeux, qui me semblent tellement lourds que c’est pas possible, quelqu’un doit forcément les avoir doublés avec du plomb sans que je m’en aperçoive.
Je plisse un peu des yeux, mais c’est trop tard.
L’épaule confortable de John, son odeur si délicieuse, sa respiration calme…
Mes yeux se ferment lentement, et dix secondes plus tard, je dors déjà à poings fermés.








[Merci Shuu pour l'idée de la bataille de bouffe ! ;D] 
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Raichuu

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   8/18/2013, 18:22

Il dort.

Je lui montre le plus grand chef-d’œuvre de toute l’Histoire de la cinématographie, avec la scène la plus épique du monde entier – une fois de plus je suis totalement incapable de retenir mes larmes devant la magnifique réunion de Cameron Poe avec sa femme et sa fille aimantes – couplée à une musique si émouvante… Et lui, il dort.

J’hésite entre le taper, le chatouiller et lui dessiner sur le visage pendant son sommeil.

J’opte finalement pour la troisième option, un grand sourire machiavélique sur les lèvres. Tendant le bras le plus lentement possible pour ne pas le réveiller accidentellement, j’attrape un marqueur noir sur mon bureau et, tout doucement, appuie le feutre sur sa peau. L’effet n’est pas aussi frappant à cause de sa peau déjà grise, mais je m’en contenterai. Au début j’ai peur qu’il se réveille brusquement, mais il a l’air plutôt détendu – et s’il fait mine de sortir de son sommeil, je n’ai qu’à passer une main dans ses cheveux et lui masser doucement le crâne pour qu’il replonge dans ses rêves, gémissant quelque chose d’incompréhensible. Je trouverais ça particulièrement adorable s’il ne venait pas de faire un si grand affront au Dieu du cinéma.
Il ne me faut que quelques minutes pour terminer mon œuvre, que je contemple avec une grande satisfaction. Karkat se retrouve donc avec (liste non exhaustive) : une moustache, une spirale sur une joue et une croix sur l’autre, des petits cœurs un peu partout, et les lettres « BLUH » en capitales sur le front. Il me faut tout mon self-control pour me retenir d’exploser de rire.


Oh, oui ! J’attrape rapidement mon téléphone portable pour prendre une photo en vitesse – c’est un vieux modèle avec une qualité d’image à en faire pleurer n’importe quel nerd, mais ce sera toujours ça. Aussitôt l’image arrive en fond d’écran, remplaçant la photo de Casey la salamandre en train de faire une bulle. J’envoie ensuite l’image à Dave, Rose et Jade. Il ne faut que dix secondes à mon portable pour vibrer en retour.

 
GG: !!!!!!!!!!! EXCELLENT !! XD


Je souris en reposant mon téléphone sur le bureau et me réinstalle un peu plus confortablement sur mon lit avant de relancer le film depuis le début. Karkat est toujours profondément endormi, inconscient de ma farce diabolique. Je regarde les premières scènes, résistant à mon envie de réveiller le troll juste pour voir sa réaction quand il s’en rendra compte (j’aurai intérêt à pas mal tracer après ça en fait je crois !) uniquement parce qu’il est quand même super mignon quand il dort. Au bout d’un moment, une idée un peu stupide me vient et j’hésite un instant avant de finalement rouvrir le marqueur. Le plus délicatement possible, je retrousse la manche de son pull jusqu’à son épaule et écris les quatre lettres de mon prénom sur l’intérieur de son bras, juste avant la jointure du coude. Satisfait, je le ponctue d’un petit cœur avant de rabaisser sa manche puis ramène sa tête sur mon épaule en me replongeant dans le film.
 

---

 
« Oh putain Strider est-ce que tu t’arrêtes seulement de parler, sérieusement, je crois que mes oreilles vont se mettre à saigner si j’entends une seule parole de plus. Et mes films t’emmerdent, merci. »

Ne pas rire.

« Oh mais Karkat, Dave n’était pas en train de se moquer !
- Si.
- La ferme, Dave !
- Pardon, m’dame.
- Et puis moi je les trouve chouette tes films ! »


Ne pas rire.

« Surtout celui avec la fille qui s’enfuit de chez elle, là…
- Amour Interdit.
- Oui voilà ça !! C’était mignon !
- Jade, tu trouves tout mignon. Tu trouverais un bulldog enragé mignon.
- Bien sûr, c’est adorable les bulldogs ! »


Surtout, ne pas rire.

« Bon mais j’avouerais que j’ai pas tout à fait saisi pourquoi il faut toujours qu’il y ait autant de morts dans vos films !
- C’est parce que ça se passe à l’époque où les exécutions sans jugement étaient toujours autorisées par la loi, c’est plus réaliste.
- De toute façon cherche pas, c’est des films trolls. C’est normal que vous compreniez pas tout.
- Oh ! Je vois. C’est aussi pour ça que les scènes de premiers baisers durent toujours une éternité !
- Non, ça c’est juste que KK a des goûts de chiotte.
- Ta gueule, Captor. »


Ne pas rire, ne pas rire, ne pas…

« Hé, tu dis rien depuis tout à l’heure. C’est quoi le problème ? »

Karkat est tourné vers moi. Je tente un semblant de réponse, me mordant à moitié les lèvres.

« Q- Quel problème ? Y’a… Pff… Y’a pas de problème. »

Jade commence à pouffer à côté.

« Si, y’a un putain de problème. Vous me jetez tous des tronches bizarres depuis que vous avez débarqué ici à l’improviste.
- Tu te fais des idées, bro.
- J’ai vu ton sourire en coin, Strider ! Enculés, si vous parlez pas vite fait… ! »


Et Terezi explose la première.

« PFFHAHAHAHAHAHA OH BON SANG KARKAT SI TU SENTAIS TA TROOOONCHE !
- Terezi, non !! S’écrie Jade. Faut pas… Pfff… HAHAHAHA ! Non j’en peux plus, c’est trop… Trop… ! »


Elle part en fou-rire avec elle. Rose et Kanaya détournent le regard, chacune une main devant la bouche pour se retenir de rire. Dave affiche un grand sourire, et Sollux commence à ricaner à son tour. J’essaie de résister encore un peu, même si mes joues me font mal à force de sourire et que je sens que je vais complètement m’asphyxier si je ne retrouve pas une respiration un minimum normale… Puis finalement je ne tiens plus et éclate de rire à mon tour, sous l’incompréhension totale de Karkat.

« Putain, Egbert, commence Sollux avant de s’arrêter le temps de reprendre son souffle. On devrait te discerner une médaille.
- Mais tellement ! Hurle Jade, à moitié morte de rire.
- Mythique », fait Dave, toujours souriant.

Ce qui suffit à Karkat pour qu’il se lève brusquement et file en direction de la salle de bain. Quelques secondes de silence. Puis un cri de rage.

« EGBEEEEEERT ! »

Oh putain.

Je manque de m’étaler en me prenant le pied de la table basse dans le mollet en me levant, mais suis rattrapé de justesse par le bras de Dave qui m’aide à me tenir droit avant de me pousser d’une petite tape dans le dos, glissant un « cours, bro » au passage. Pas comme si ce n’était pas mon intention de toute façon. J’ai à peine le temps d’entendre la porte de la salle de bain se rouvrir que je suis déjà dans le couloir, encore en chaussettes, détalant à toute vitesse. J’hésite une fois à l’intersection, glisse un peu mais me rattrape, puis me décide pour la chambre de Dave – vide, comme toujours, en fait je commence à me demander si son colocataire est toujours en vie.

Une fois dans la chambre, à bout de souffle, je plaque mon oreille contre la porte et écoute attentivement malgré les cognements bruyants de mon cœur contre ma poitrine. Bon, je pense qu’il ne m’a pas poursuivi. En tout cas pas jusque-là. Il a dû se rendre compte que tout le lycée risquait de le voir s’il me suivait dans le couloir. Je suis tranquille, en tout cas pour l’instant.

Jusqu’à ce que je doive retourner dans ma chambre, en fait. Je ferais peut-être mieux de demander à Dave si je peux dormir dans sa piaule ce soir…

Boah, il devrait pas être trop en colère contre moi, si ?



Bon peut-être que si. Mais putain, ça valait le coup !
 

---
 

J’entrouvre doucement ma porte, sur mes gardes. La lumière est éteinte. Bon, il ne doit pas être là… J’entre dans la pièce, allume la lumière et fais quelques pas jusqu’à mon lit.

« Content de toi ? »

Je sursaute tellement que je marche sur un t-shirt qui traînait par terre et tombe à la renverse, me retenant seulement contre le bout du lit.

« K- Karkat ! Tu pourrais prévenir quand t’es là, j’ai eu une de ces trouilles ! »

Je fixe mon petit-ami troll, debout contre la porte de la salle de bain, un linge mouillé dans la main. Les gribouillis sur son visage sont toujours là, bien qu’un peu moins prononcés.

« Oh, excuse-moi, c’est vrai que faire sursauter quelqu’un c’est tellement plus grave que, je sais pas, lui PEINTURER SON PUTAIN DE VISAGE !!
- Hé, tu l’avais mérité ! Tu t’étais endormi !
- Parce que toi tu t’es jamais endormi devant un de mes films ?!
- Non !
- Non ?
- Bon peut-être que ça m’est arrivé une ou deux fois…
- Ça t’arrive à chaque putain de fois ! La semaine dernière tu t’es endormi au bout de même pas dix minutes de film !
- D’accord, bon, désolé. Hé… »


Je m’approche un peu de lui, hésitant.

« T’es pas fâché au moins ? »

Il soutient mon regard inquiet quelques secondes avant de soupirer, roulant des yeux.

« Non je suis pas fâché, mais t’es chiant.
- Héhé. Désolé.
- En plus ça veut pas partir cette connerie, vingt putains de minutes que j’essaie de… »

Je l’interromps en attrapant sa main qui tenait le linge, mon autre main venant caresser doucement sa joue.
« Allez, j’vais t’aider à l’effacer. »
 

---

 
« Aïe, bordel, John ! Tu le fais exprès !
- Mais comment tu veux que ça parte si je frotte pas un peu ! Arrête de gémir !
- Hé, je te rappelle que c’est légèrement de TA faute tout ça !
- On t’a jamais dit de pas t’attarder sur le passé ?
- C’était y’a même pas trois putains d’heures.
- Chuuut, arrête de parler, j’arrive pas à nettoyer quand tu bouges.
- Connard.
- Moi aussi je t’aime, Karkat. »

 

---
 

Deux heures et un flacon de savon plus tard, le visage de Karkat est enfin redevenu aussi gris qu’avant – bien qu’un peu rougi à force de frotter autant, c’est pas marqué « indélébile » pour rien ces conneries – et il est déjà minuit passé. Pas vraiment fatigué, l’envie de proposer un film me vient mais rapidement je me ravise : peut-être pas une très bonne idée de parler de films pendant un petit moment. Je m’installe sur le lit de Karkat, profitant silencieusement une fois de plus de ne pas avoir à me sauver une fois la nuit venue comme c’était le cas avant qu’on ne partage notre chambre. Je jette un petit coup d’œil vers le terrarium de Casey, pleine de vie à cette heure de la nuit, jusqu’à ce que Karkat ne vienne s’installer à côté de moi, ramenant mon attention à lui. Il soupire et s’allonge sur le côté, face à moi.

« Tu sais, un moment j’ai cru que t’allais me courir après, comme cette fois-là.
- Bien sûr, pour que tout le bahut ait le plaisir d’admirer ton œuvre d’art.
- Haha, ouais c’est ce que je me suis dit.
- Puis je commence à être habitué à ta connerie de toute façon.
- Héhéhé. »


Je m’allonge avec lui, mon visage à hauteur du sien.

« Content que t’aies décidé de pas te venger, cette fois, en tout cas !
- Qui a dit que je n’allais pas me venger ? »


Un sourcil levé.
Je cligne plusieurs fois des yeux.

« Pardon ? »

Il me fait un grand sourire, et… OK j’ai peur là.
J’essaie de m’échapper discrètement – raté, Karkat vient de profiter de sa vitesse trollienne pour se retourner et se mettre à quatre pattes au-dessus de moi, tenant fermement mes poignets.


« Ouah ! Euh… Karkat ? »

Je réalise seulement à ce moment qu’on est à moitié dans le noir, avec juste la lumière de la salle de bain encore ouverte pour nous éclairer. Dans la pénombre, les yeux de Karkat brillent légèrement, comme deux points jaunes dans la nuit, me rappelant une fois de plus à quel point les trolls sont complètement flippants. Une partie de mon cerveau me hurle de m’enfuir – instinct de survie, probablement. Les trois quarts restants eux ont plus l’air d’accord pour retirer ce fichu pull et embrasser ses lèvres quitte à me couper avec ses crocs.

Je déglutis bruyamment.

« Qu… Qu’est-ce que tu vas me faire ? »

Je pense que le ton de ma voix trahit ce que je pense réellement de sa « vengeance », mais peu importe. Karkat est juste au-dessus de moi, ses yeux dans les miens, son sourire dévoilant ses crocs, son souffle sur mon visage, et il est juste. Parfait.

Je crois que je gémis quand il mordille la peau de mon cou. Je ne saurais pas trop dire ce qu’il est en train de me faire – mordre, lécher, laisser une marque (très probablement)… – mais quand il se redresse, un mélange de ronronnement et de grognement sort de sa gorge et je meurs, complètement, parce que ARG c’est juste ADORABLE et SUPER SEXY et AAAAARG !

Je le vois passer un coup de langue sur ses lèvres avant de se réattaquer à la peau de mon cou. Je sais qu’il est en train de me laisser des marques. C’est ça qu’il voulait dire par vengeance ; et demain je serai probablement mort de honte en me montrant devant tout le monde, mais merde pour tout ça. Là, j’ai juste envie de passer mes bras derrière sa nuque et d’embrasser ces lèvres qui me taquinent à mort, mais il garde mes poignets bloqués et pour tout avouer j’ai pas tellement envie qu’il me lâche. Je reste immobile alors, tentant plus mal que bien de retenir les bruits qui veulent s’échapper de ma gorge tandis qu’il suçote j’ai l’impression chaque parcelle de la peau de mon cou au point de me faire mal – mais ça je m’en fiche.

« T’es pas supposé apprécier ta punition, tu sais ? »

Je ne trouve pas les mots pour répondre mais de toute façon il ne m’en laisse pas le temps, daignant finalement toucher à mes lèvres trop longtemps ignorées. Quand il recule, il reste quelques secondes à observer mon visage, ses yeux brillant toujours un peu, et il soupire.

« Aah, putain… Pourquoi j’arrive pas à rester en colère contre toi ?
- Parce que je suis totalement adorable ?
- Adorablement débile.
- Je compterai ça comme un compliment, merci. »


Il m’embrasse une fois de plus et je laisse ma conscience dériver quelques minutes, jusqu’à ce qu’il retire son t-shirt, me rappelant quelque chose par l’occasion.

« Hé, regarde sur ton bras. »

Karkat me jette un regard interloqué et je ne peux m’empêcher de sourire à pleines dents quand il inspecte son bras jusqu’à trouver l’endroit où j’ai écrit mon prénom.

« Oh. Comment t’as fait pour pas me réveiller ?
- Aucune idée, t’avais l’air de dormir profondément.
- Ça doit être l’effet Con Ai— Aïe, putain ! »


Il se masse l’épaule là où je l’ai frappé mais même dans le noir je peux voir le semblant de sourire au coin de ses lèvres. Sans attendre, il tend une main vers mon bureau et attrape le marqueur noir qu’il décapuchonne d’un coup de griffe habile. Il repousse un peu la manche de mon t-shirt et je frissonne en sentant les lettres de son prénom s’inscrire sur mon bras, au même endroit que sur le sien. Je dois sourire comme un débile et je suis content qu’il fasse nuit et qu’il ne me voit p— ah merde, si, vision nocturne, me rappelle son air moqueur.

« T’es une putain d’énigme, t’es au courant ? Dit-il doucement.
- Hm ?
- T’es supposé être mon moitiesprit, mais des fois j’ai juste envie de te taquiner comme si t’étais mon kismesis. Et te mordre. J’ai souvent envie de te mordre.
- Et c’est pas bien ?
- Si, c’est juste… Perturbant. Par moments je suis même plus sûr de savoir dans quel putain de quadrant on est.
- Héhé, c’est que notre amour est plus fort que les quadrants ! »


Je peux le voir rougir même dans la semi-pénombre et mon sourire s’élargit. Il essaye de le cacher, mais je sais très bien que ce que je viens de dire lui fait plaisir. J’ai vu suffisamment de ses films d’amours (en tout cas ce que j’en ai compris) pour savoir que ce genre de déclarations romantiques le fait craquer. Et je trouve ça juste adorable.

« …Crétin.
- Héhéhé. »


Malgré ses dires il me serre dans ses bras, fort. Je passe une main derrière sa tête pour caresser ses cheveux et il resserre son étreinte.

« Je t’aime, Karkat.
- La ferme. Débile. Abruti. »


Un petit silence, son souffle chaud contre ma nuque. Mon propre sourire qui commence à me faire mal aux joues. Et un « moi aussi » murmuré presque trop bas pour que je l’entende. 

Sauf que je l’entends.


---


Je pense qu’un mois est passé depuis le presque renvoi de Karkat. Les choses commencent à se calmer, les rumeurs ont fait le tour du lycée suffisamment de fois pour que tout le monde s’en lasse. Les cours sont de plus en plus difficiles, mais maintenant j’ai Karkat pour m’aider à réviser. Bien sûr il ne faut pas s’attendre à un miracle ; je sais que je n’atteindrai jamais le niveau de Rose ou quoi, mais je ne fais plus partie des « mauvais élèves » désormais et c’est bien suffisant pour l’instant.
Aussi, je commence à remarquer des changements dans notre classe et dans le reste du lycée. On voit des trolls se décaler pour laisser passer des humains dans le couloir, ou des humains apporter leurs devoirs à leur voisin de classe troll quand ils manquent des cours. Les professeurs ont aussi l’air de faire moins de différences, et goûter aux spécialités propres à l’autre espèce à la cantine semble être devenu un phénomène de mode. J’ai même été surpris de découvrir que certains trolls avaient gardé le contact avec leur binôme humain de l’exposé d’Histoire en plus de ceux de notre petit groupe.


Les humains ont aussi l’air d’avoir moins peur des trolls qu’avant. Bon, certains n’osent toujours pas leur adresser la parole et manquent de partir en courant si l’un d’entre eux leur jette un regard un peu trop direct, mais il y a du progrès ! Jade m’a même appris qu’une de ses amies d’une autre classe flashait sur Tavros et lui avait demandé de leur arranger un rendez-vous. Faut dire que même pour un troll, Tavros a vraiment l’air du genre à ne pas pouvoir faire de mal à une mouche. Littéralement. Je l’ai déjà vu ouvrir la fenêtre de la classe pour laisser sortir des mouches au lieu de les écraser. Sérieusement, dans le genre « ami des bêtes » on peut difficilement faire mieux.

On est mardi aujourd’hui, et on sort tout juste d’un examen d’alternian assez pénible. Celui des trolls dure un peu plus longtemps que le nôtre, aussi je décide de rejoindre Dave, Rose et Jade (qui ont bien sûr terminé avant moi) à la bibliothèque où nous nous sommes donnés rendez-vous. En tout cas avant de me faire interpeller dans le couloir par trois filles (humaines) de notre classe.

« Besoin de quelque chose ? » Je demande après qu’elles aient appelé mon nom.

Elles se regardent entre elles, l’air hésitant. Finalement, une d’elles se décide.

« On se demandait juste… Est-ce que c’est vrai que tu sors avec Karkat ? Désolée si c’est pas vrai, hein ! Juste qu’on a entendu des rumeurs, et…
- Oh, si c’est vrai. Pourquoi ? »


Elle se tourne vers les deux autres qui se sont mises à rougir. Je lève un sourcil, attendant patiemment qu’elle reprenne la parole.

« Mais… C’est un troll. »

Je ne peux pas m’empêcher de rire devant son ton plus qu’incrédule, comme si elle se demandait si je n’avais sérieusement pas été informé de ce fait évident.

« Haha, oui, je suis au courant !
- Il ne te fait pas… peur ? Demande une autre des filles.
- Hm, au début un peu. Mais après je me suis rendu compte qu’il était pas du tout aussi effrayant qu’il en avait l’air. Aucun des trolls ne l’est, vraiment ! Faut juste apprendre à les connaître un peu. »


Elles n’ont pas l’air totalement convaincues.

« Je sais pas, ils ont des… griffes, et des crocs, et ils sont tout le temps en train de nous regarder comme s’ils allaient nous dévorer…
- Mais ils ont des côtés mignons aussi ! »


Elles me regardent avec perplexité et j’essaie de trouver des arguments pour leur faire comprendre, poussé par une envie subite de défendre l’image de mon petit-ami slash moitiesprit slash peu importe.

« Mignons ?
- Bah ouais ! Genre, quand ils ronronnent ! Ou quand ils rassemblent des objets en piles sans s’en rendre compte. Et puis des fois quand Karkat s’énerve un peu trop, il a toujours un peu peur de m’avoir vexé même s’il essaye de le cacher. Et il croit que je le vois pas, mais il pleure toujours à la fin du Journal de Troll Bridget Jones. Oh et quand il rougit, il est juste adorable ! Et puis… ! »


Je réalise un peu tard que je suis à peine en train de leur exposer toute ma vie privée et celle de Karkat et j’ai à peine le temps de sentir mes joues se réchauffer que les trois filles se mettent à rire.

« C’est vrai que certains d’entre eux n’ont pas l’air si effrayants, admet la première.
- Oui, comme Tavros ! dit une autre.
- Je- J’ai fait mon exposé avec Aradia, elle était assez gentille… Des fois… Quand elle ne cassait pas des trucs…
- C’est vrai que Nepeta est plutôt mignonne…
- Vous voyez ! je leur dis. Une fois qu’on les connaît un peu, ils sont plus du tout effrayants ! »


Elles me gratifient d’un petit sourire et me remercient avant de filer en riant entre elles. Je reste immobile à sourire un moment avant de reprendre mon chemin. Je me demande si les humains et les trolls vont finir par s’accepter totalement, un jour. Peut-être que dans une dizaine ou une vingtaine d’années, il y aura plein d’autres lycées comme le nôtre ! Si les écoles maternelles commencent à être mixtes, et qu’on apprend les coutumes et les particularités propres à chaque espèce à l’autre dès leur naissance, alors les gens finiront peut-être par arrêter de faire des différences ?

C’est avec un grand sourire que j’approche du bâtiment de la bibliothèque. Je regarde ma montre qui m’apprend que Karkat devrait avoir fini dans un peu moins de quinze minutes. Si ça se trouve, il a même déjà rendu sa copie. Peut-être qu’il arrivera juste un peu après moi à la bibliothèque. Il va être content de savoir que je me suis pas trop mal tiré à l’examen. J’ai hâte qu’il arrive, héhé.

Mon sourire s’élargit un peu en voyant Jade arriver vers moi, traversant la cour extérieure au pas de course.

Jusqu’à ce que je réalise qu’elle n’est pas du tout en train de sourire.

« John !! »

Je n’ai pas le temps de comprendre ce qui se passe qu’elle a saisi mon bras et commence à me traîner avec elle.

« Ouah, hé ! Qu’est-ce qui se passe, on va où ?!
- C’est une amie qui m’a prévenue par sms… ! Oh mon Dieu, John, c’est tellement affreux ! Les professeurs ne savaient pas quoi faire, et, et… Ils l’ont emmené dans une ambulance, mais… !
- Quoi ? Attends, Jade, tu me parles de qui, là ? Il est arrivé quelque chose ?!
- J’ai essayé de voir, mais il y a trop de monde ! Je crois qu’il y a un message, je ne sais pas, je…
- JADE ! »


Je me stoppe et me détache de son emprise pour la faire arrêter et je l’attrape par les épaules, la secouant légèrement.

« Arrête-toi deux secondes et explique-moi ce qui se passe, d’accord ?
- Oh, John ! C’est… C’est Tavros, il a eu un accident… Je crois que quelqu’un l’a poussé !
- Poussé ? Poussé d’où ? Et pourquoi ?
- JE SAIS PAS, BON SANG ! C’est pour ça qu’il faut qu’on se dépêche !! »


Je ne rajoute rien et hoche simplement la tête, puis nous repartons tous deux dans la direction qu’elle m’indique.

On ne met pas longtemps à atteindre la cour principale où une masse d’élèves est rassemblée devant un grand bâtiment. Quelques professeurs tentent de faire reculer les plus curieux et c’est avec beaucoup de peine que nous nous frayons un passage. Quelqu’un attrape soudain mon bras et j’essaye de me dégager par réflexe avant de découvrir Karkat, au milieu de la foule. L’inquiétude se lit dans son regard à peu près autant que la colère et l’incompréhension et je le suis, avec Jade, jusqu’à dépasser les autres et arriver face au bâtiment.

Devant lequel je suis pris d’un haut-le-cœur.

Derrière une ligne mise en place par les professeurs en attendant l’arrivée de la police, on peut voir un liquide marron par terre. Il ne me faut que quelques secondes pour deviner de quoi il s’agit. Du sang. Tavros. Accident. Les mots se lient dans mon esprit mais j’ai encore du mal à tout comprendre. Puis Jade attrape ma main et la tend vers le haut, me faisant signe de regarder le mur. Mes pupilles s’écarquillent tandis que la main de Karkat se resserre dans la mienne, et je lis et relis les lettres tracées de la même couleur que le sang au sol.
 


À TOUS CEUX QUI VOUDRAIENT FAIRE AMI-AMI AVEC DES HUMAINS
DEMANDEZ À L’AUTRE A8RUTI S’IL A AIMÉ SA CHUTE !!!!!!!!

 
« C’est juste de la peinture, glisse Aradia en arrivant à côté de nous, une main sur la bouche. Mais… Le message est très clair. »

Les mots se frayent avec peine une place dans ma tête encombrée par les cris des professeurs et les chuchotements des élèves. Je crois même entendre des pleurs parmi le lot. Je remarque à peine la présence de Rose et Kanaya à nos côtés.

« Tavros a plusieurs amis humains avec qui il s’entend bien, dit doucement cette dernière.
- Mais qui a pu faire une chose pareille ?! Hurle Jade.
- Visiblement quelqu’un qui n’aime pas que les trolls traînent avec des humains, dit Rose avec une once de dégoût dans la voix. Qui que ce soit, il aura voulu donner l’exemple par cet acte.
- Tu veux dire… Qu’on pourrait être les prochains ? Demande Jade avec effroi. Je refuse d’arrêter de traîner avec vous, les gars ! J’ai pas peur de ces… Ces lâches ! »


Personne n’ose rien répondre, nos regards à tous fixés sur le mur où la peinture encore fraiche dégouline lentement. Karkat resserre un peu plus ma main, et je remarque que je suis en train de trembler. Je me tourne vers lui, désireux de le rassurer par un sourire, mais je crois que je suis incapable de prendre une autre expression que celle qui est probablement la même que la sienne en cet instant.

Parce que je suis mort d’inquiétude et mort de trouille, et si je suis évidemment inquiet pour Tavros, c’est surtout l’idée même que ce soit Karkat allongé dans un brancard dans une ambulance, que ce soit son sang par terre, sa présence qui manque, qui me terrorise totalement.
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Plumy

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   8/19/2013, 02:35

Finalement, nous ne restons pas bien longtemps sur la « scène de crime » comme certains élèves bien débiles l’appellent. Comme si toute cette connerie ne virait pas déjà assez psycho et parano sans qu’ils n’en rajoutent carrément une putain de couche cimentée. Bande de crétins gratinés.
Sentant que John ne va pas tarder à s’effondrer – et je n’en mène pas vraiment bien large non plus, je suis obligé de l’avouer – je serre ma main sur la sienne et le tire doucement avec moi. Comme l’Alternian est notre dernier cours de la journée, nous n’avons plus de cours à aller suivre. C’est donc avec soulagement que je le tire jusqu’à notre chambre commune, abandonnant l’idée de la bibliothèque où l’ont s’était tous fixés rendez-vous afin de travailler nos différents cours et examens – encore une idée à John, ça.
 
Une fois rentrés dans la chambre, je me tourne vers John, qui tire encore une tête de six pieds de long, ses yeux écarquillés d’horreur. J’aimerais dire quelque chose, mais comme ma bouche refuse de s’ouvrir sur autre chose qu’un silence débile, je finis par m’approcher de lui, glisser mes bras sur sa taille et les refermer dans son dos, le plaquant contre mon torse en silence.
Au bout d’un moment, il finit par me rendre mon étreinte – me serrant même un peu plus fort, comme pour s’assurer que je suis bien réel. Une de mes mains vient fouiller ses cheveux, massant doucement son cuir chevelu.
 
« Chhht… tout va bien, t’inquiète pas. Je suis là, je vais nulle part. Tout va bien… »
 
Je l’entends marmonner des mots sans sens – j’entends parfois mon nom, chuchoté sur un ton carrément paniqué – mais à force de câlin, de papouilles sur la tête et de mots rassurants, il finit par quand même se calmer, la tête enfouie dans mon cou. Depuis le temps, on a fini – sous une impulsion de ma part – par s’agenouiller au sol. Lentement, je me détache de lui pour plonger mes pupilles dans l’océan des siennes. Je fronce un peu les sourcils.
 
«  Ça va mieux ?
- O-oui… désolé.
- De quoi tu t’excuses, encore, crétin ? »
 
Un petit rire – qui a le mérite de me réchauffer le cœur – qu’il ponctue d’un de ses merveilleux sourires – auquel je réponds bon gré mal gré.
Mais au moment où je pensais que tout allait mieux et que je pourrais me lever pour le faire travailler sur les devoirs du lendemain, il baisse à nouveau le regard et se mordille doucement la lèvre.
 
« Tu… tu crois que ça va aller ?
- De quoi ?
- Pour Tavros…
- Mais oui crétin, arrête de t’en faire autant. Les trolls c’est résistant.
- Mais… il est quand même tombé de très haut…
- Moi aussi, en sortant avec toi. Pourtant chuis encore en vie, tu vois. »
 
Il me fixe un instant, perdu.
Puis, ses yeux s’éclairent, et je sens son poing s’abattre maladroitement sur mon épaule. Je lui sers un de mes meilleurs sourires sadiques, tandis qu’il me balance sur un ton faussement vexé :
 
« Méchant ! 
- Je sais. Allez, arrête de t’en faire, je suis sûr que tout ira bien.
- Et… pour le reste ?
- Quoi, le reste ?
- Bah… le message, il parlait bien des trolls qui étaient amis avec des humains et tout… »
 
Pour le coup, je vois pas trop quoi lui répondre.
Ouais, c’est vrai que ce genre de message n’est pas rassurant. Et plus j’y repense, plus je me dis que je suis persuadé d’avoir déjà vu quelqu’un écrire de cette façon, mais je n’arrive pas à me rappeler qui, et ça me rend dingue.
Je me rends compte au bout de quelques minutes que je suis en train de furieusement me mordiller les lèvres, concentré dans ma réflexion, et que ça n’a pas l’air de rassurer mon moitiesprit. Je décide de lui ébouriffer les cheveux, les sourcils froncés.
 
« Arrête donc de t’inquiéter, tu vas finir avec le sang aussi bleu qu’Equius ! 
- Mais…
- Pas de mais. Ils ont parlé de trolls amis. Nous, on est moitiesprits, c’est pas pareil. Et puis même, ils peuvent pas s’attaquer à l’un d’entre nous sans se manger de sales représailles dans la figure, alors tout devrait bien aller. Arrête donc de te faire du mouron, putain, ça sert à rien. »
 
Il finit par me faire un de ses petits sourires et, satisfait, je l’aide à se relever pour aller ensuite chercher nos sacs – et donc nos devoirs.
Devoirs qui le font pousser un soupir exaspéré tandis que je les étale sur notre petite table pour travailler dessus.
 
***
 
L’ambiance est tendue, le lendemain matin, tandis que notre prof de géographie tente de nous éclairer sur la démographie d’une des villes au plein centre du territoire troll. John, à côté de moi, se serait déjà endormi si je ne lui mettais pas de vigoureux coup de coude toutes les cinq minutes dans les côtes.
La prise de note, c’est pas encore ça, hein…
 
Ce qui m’inquiète, quand même, c’est la tension qui règne dans la classe, les trolls et les humains qui se fixent en chien de faïence quand leurs regards se croisent, pas sûrs du comportement à adopter. C’est sûr, le message et l’accident de hier on carrément créé un froid…
 
« Nous voyons donc que depuis que cette faille est apparue, la démographie a chu… »
 
La prof est interrompue par une porte qui s’ouvre sans délicatesse – presque arrachée, je dirais – pour laisser entrer une jeune troll aux longs cheveux noirs et à lunettes - l’un des verres de sa paire étant fumé pour empêcher de voir son œil.
Cette dernière referme la porte d’un coup de pied et traverse nonchalamment la classe pour aller s’asseoir à l’une des places vides, tout au fond de la pièce. L’enseignante la regarde passer, les yeux ronds, avant de lancer d’une voix blanche tandis que l’autre s’installe :
 
« Excusez-moi, mademoiselle ?
- Quoi ? »
 
Ton froid, polaire.
Putain, elle, elle a jamais appris la politesse. Surtout envers les profs.
Je viens de voir la nôtre tiquer, d’ailleurs.
 
« Que faites-vous ici ?
- J’ai cours.
- Dans ma classe ? Je ne vous ai pourtant jamais vue ici.
- J’étais occupée ailleurs. »
 
La prof – humaine, l’ai-je précisé ? – s’apprête à parler à nouveau, mais elle s’arrête, bouche grande ouverte comme un poisson hors de l’eau, quand elle entend un grognement sourd résonner dans le fond de la salle. Visiblement, la nana a pas envie qu’on l’emmerde.
Pourtant, au bout de quelques secondes, la prof reprend quand même la parole.
 
« Votre nom, jeune fille.
- Serket. Vriska Serket. »
 
Je détourne les yeux de la prof pour retourner les poser sur ma feuille, mais je suis arrêtée dans mon élan par l’image de Kanaya, assise devant moi, en diagonale. Elle est pâle. Je veux dire… plus pâle que d’habitude, vraiment, vraiment super hyper méga trop pâle, genre parchemin qui date de plusieurs siècles.
Je suis habituée à sa pâleur depuis le temps que je la connais, mais là ça m’inquiète quand même un peu, cette histoire. C’est pas normal qu’elle tire une tronche pareille. Et je sais pas pourquoi, le nom de Vriska me rappelle quelque chose.
Il faudra que je tire ça au clair.
 
Enfin, plus tard. Là, la prof a repris son cours et comme John a toujours l’air motivé à s’endormir le plus rapidement possible, il faut que je prenne mes notes correctement.
Je lui ferai regretter plus tard son manque de sérieux… héhé.
 
***
 
Nous passons une partie de l’après-midi seulement John et moi, à travailler nos devoirs et réviser les différents cours, mais je sens bien que j’ai du mal à me concentrer sur ce que je fais – au moins autant que lui. Autant dire que c’est grave.
C’est pourquoi, vers quelque corse comme les 15h, je ne rechigne pas trop quand John me force plus ou moins à refermer tout ça. Ni quand il rameute certains de nos potes ici par sms.
 
Au final, environ vingt minutes plus tard, nous nous retrouvons coincés à dix dans notre petite chambre – John, Gamzee, Dave, Terezi, Jade, Rose, Kanaya, Sollux, Aradia et moi-même.  Je ne comprends pas trop pourquoi tout le monde est là en même temps, mais bon. Même si je me mettais à gueuler, personne ne dégagerait, donc autant supporter.
 
Une fois tous plus ou moins assis autour de la table, un silence pesant tombe, tandis que nous nous regardons les uns les autres, peu sûr de ce que l’on pourrait bien pouvoir dire. Enfin, Jade hausse doucement la voix.
 
« Est-ce que l’un d’entre vous a une idée de qui ça pourrait être ? »
 
Tout le monde se jette des petits coups d’œil en coin, mais je vois bien qu’aucun d’eux n’est sûr de quoi que ce soit – ou alors, autant que moi. Je me surprends à faire la moue avant de lâcher d’une voix plate.
 
« Nan… enfin, je suis pas sûr, mais il me semble avoir déjà vu cette écriture… »
 
Et là, un truc étrange se passe.
Kanaya lève la tête, imitée dans la nanoseconde par Terezi, qui malgré sa cécité, me dévisage autant que mon amie au sang de jade – encore heureux qu’elle me lèche pas la gueule, tiens, j’ai pas envie de finir couvert de bave gluante.
Fronçant les sourcils, je la scrute du regard, tentant de l’interroger par la même, mais elle finit par détourner les yeux, comme gênée par quelque chose qui m’échappe.  Je n’ai cependant pas tout à fait le temps de m’attarder dessus que la voix d’Aradia s’élève, plus dure que d’habitude – normal, quand j’y pense, il me semble qu’elle est pas mal amie avec Tavros.
 
« Je la connais aussi, j’en suis presque sûre, mais j’arrive pas à me souvenir de qui ça peut bien être. »
 
Hop, Kanaya qui baisse encore un peu la tête.
Ok ça devient de plus en plus évident qu’elle sait quelque chose dont elle ne veut pas trop parler. Mais je me vois pas vraiment …
 
« Kanaya ? Tu sais quelque chose ? »
 
Hé ?
 
« De quoi tu causes, encore, Terezi ? je lâche, les sourcils froncés.
- Oh, me dis pas que tu sens pas sa gêne. C’est aussi puissant que la framboise de ton sang, Karcrabe ! »
 
Je grogne, mais tourne le regard vers Kanaya. Cette dernière s’est encore plus tassée sur elle-même sous le poids de tous les regards qui se tournent vers elle. Je m’apprête à dire un truc, mais Terezi me coupe à nouveau la parole, les sourcils clairement froncés derrière ses lunettes rouge sang, cette fois-ci.
 
« Tu ne penses quand même pas que ce serait… elle ? »
 
Hein ?
Je fronce les sourcils, pas sûr de comprendre, les yeux fixés sur Kanaya, qui ne bouge pas. À part pour se tasser encore un peu plus quand Aradia lance :
 
 
« Elle… comment ça, elle ? Tu veux dire…
- Comment ça, elle, AA ?
- Mais tu sais ! On jouait avec elle au collège, je t’ai raconté…
- Ah oui, SpiderBitch ? »
 
Elle grimace au surnom que vient de sortir Sollux, mais acquiesce. Tout à coup, la lumière se fait dans mon cerveau, entre une histoire que l’on m’avait expliquée il y a bien longtemps, l’écriture de ce message et quelque chose vu plus récemment. Je lance un « HA ! » triomphant vers Kanaya – qui a décidément l’air de vouloir se faire de plus en plus petite – mais ne peux pas rajouter quoi que ce soit d’autre que la voix vexée de Jade s’élève.
 
« Hé, ho, c’est fini ces secrets, ouais ?! Vous parlez de qui, à la fin ?! »
 
Tous les regards trolls convergent vers elle, et c’est à son air circonspect – et celui de tous les autres humains de la pièce, tout aussi interloqués que le sien – que je me rends compte qu’eux ne sont peut-être pas au courant de ce dont on est en train de parler.
Après un instant de silence, je me gratte la gorge et me tourne vers Kanaya.
 
« Vaut peut-être mieux que tu en parles toi, non ? Vu que tu es celle qui la connaît le mieux…
- J’ai compris, j’ai compris, Karkat. Merci. »
 
Son ton est plus froid que d’ordinaire. Merde, j’espère que je ne l’ai pas vexée ni rien…
Elle se relève un peu, le dos droit,  et nous fixe tous un instant du regard avant d’ouvrir la bouche pour parler, la voix calme et posée comme si elle allait simplement faire un putain d’exposé d’histoire. Chelou.
 
« Celle dont nous parlons – que Sollux a très gracieusement surnommé SpiderBitch – était autrefois ma moirail. Elle s’appelle Vriska Serket. »
 
Je vois John ouvrir la bouche pour dire quelque chose – visiblement il a fait le lien entre la nana de ce matin et ce nom – mais je lui pince une côte, le faisant sursauter sur le côté, afin de le forcer à se taire. Il me lance une œillade un peu vexée, mais je fronce les sourcils tandis que Kanaya poursuit.
 
« Nous étions, elle, Terezi et moi-même, dans le même collège, à l’époque. C’est là que nous nous sommes toutes les trois connues. À cette époque, Vriska était encore quelqu’un de très… … enfin, disons qu’elle était fréquentable. Nous passions beaucoup de temps ensemble, jusqu’à ce qu’elles commencent des petits jeux de … comment tu disais, déjà, Terezi ?
- Jeux de Rôles, ricana notre amie aveugle.
- Voilà, jeux de Rôles. Ces jeux sont devenus de plus en plus dangereux au fil du temps, et est venu un jour où s’est produit un… accident. »
 
Un silence de mort plane dans la pièce, tandis que le regard de Kanaya se pose gravement sur Terezi. Cette dernière semble en être consciente, puisqu’au bout de quelques secondes, elle agite la main comme pour lui donner une permission.
 
« Hum. À l’occasion de cette occasion, Terezi a perdu la vue. Elle a alors décidé de se venger…
- La justice pour la justice !
- … et c’est ainsi que Vriska a perdu un de ses deux yeux, et a eu le bras fracturé pendant un très long moment. J’ai alors tenté de m’interposer afin d’éviter que tout ceci ne dégénère, et Vriska a semble-t-il pensé que je voulais prendre la défense de Terezi. Elle l’a très mal vécu, et a décidé de briser notre moirallegeance. Depuis, nous ne nous sommes plus adressé la parole. »
 
J’aperçois Rose poser doucement une main sur le bras de Kanaya, s’attirant un regard un peu triste de cette dernière. Elles échangent un regard qui semble vouloir tout dire pour elles, puis leur attention se reporte sur nous.
Enfin, plus précisément, sur Jade, qui a encore ouvert la bouche.
 
« Mais… pourquoi ce serait elle ? Elle ne connait pas Tavros, non ? »
 
Kanaya paraît un instant ennuyée.
 
« Je n’en sais rien, à vrai dire. Elle ne le connaissait certainement pas à l’époque du collège puisqu’il n’était pas avec nous, mais peut-être l’a-t-elle connue plus tard. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le message écrit sur le mur… Eh bien, elle a exactement la même façon d’écrire. »
 
Un autre silence, de plomb, celui-là.
Un silence brisé par la voix de John, plutôt grave pour une fois.
 
« Mais… pourquoi Tavros ? Il ne lui avait rien fait. »
 
Un grognement résonne entre les quatre murs de notre petite pièce à cette phrase.
Un grognement qui me glacerait presque le sang, tant je le connais bien, tant il peut être effrayant.
Un grognement qui provient de la personne assise juste à ma gauche.
 
Gamzee.
Ce dernier a perdu tout son sourire, ses yeux se sont figés dans un regard glacé, tout son être semble résonner de haine. D’une haine qui gronde, à l’instar de sa gorge.
J’ai vite fait de lever la main pour la passer sur son bras.
 
« Hé, crétin. Calme-toi, vu ? Ça ne servirait à rien que tu fasses ça. »
 
Il tourne un regard presque noir sur moi, mais je vois encore au fond de lui cette étincelle qui palpite, qui m’a toujours permis de le ramener à la raison. Je sais qu’il n’a pas encore pété les plombs, mais là c’est pas loin.
Après tout, Tavros est un de ses amis, et je sais qu’il n’aime pas que l’on touche à ses amis. Vraiment, vraiment pas.
 
Je me rapproche un peu et tapote doucement sa tête, chuchotant doucement pour qu’il soit le seul à m’entendre. Avec cet abruti, pas besoin de vrais mots, il comprend sans ça. C’est aussi ça, la magie de notre moirallegeance.
Il ne me faut que cinq minutes pour totalement le calmer et retrouver sur son sourire ce sourire de drogué qui me rassure tant – même si je hais l’avouer. Je me tourne alors vers les autres, qui sont restés tout le temps de la scène dans un silence – gêné pour les humains, respectueux pour les trolls.
 
Finalement, nous décidons d’en rester là pour le soir et vu l’heure, partons tous en direction de la cafétéria. Dans cette dernière, l’ambiance est largement plus pesante que d’habitude, beaucoup moins sujette aux rires ou aux batailles de bouffes comme ces derniers temps. Même notre table est moins enjouée que d’habitude, et c’est assez rapidement que nous retournons tous dans nos chambres respectives afin de terminer la soirée, puis la nuit.
 
***
 
« Hello tout le monde ! »
 
Je lève vaguement ma tête de mon cahier de civisme humain à l’entente de la voix de la sœur de John, qui a l’air plutôt contente. Elle était pas là ce matin, à la caf, ni en même temps que nous pour entrer dans la classe et pour la première heure de cours… ouais en fait c’est vrai ça, elle était où ?
 
La plupart de ceux de notre groupe lèvent la tête en même temps que moi pour lui porter attention tandis qu’elle s’assied à sa place. Elle nous lance alors d’une voix joyeuse :
 
« J’ai vu Tavros ! »
 
Regain d’attention immédiat à ces quelques mots, nous poussons même le vice à nous lever de nos places pour nous approcher d’elle – notre prof n’étant pas encore là, ya pas de mal.
Elle sourit de notre intérêt et reprend la parole.
 
« J’ai pas pu le voir, il sortait d’opération quand je suis arrivée et les médecins m’ont dit qu’il était encore trop dans les vapes pour parler. Mais il va bien, en tout cas ! Ils ont réussi à le stabiliser et tout, et ça n’a pas l’air trop grave, enfin ils m’ont pas tout dit, mais ça n’avait pas l’air grave et… et…
- Jade. »
 
La voix de Rose est grave, basse. Elle semble comprendre quelque chose que nous, nous n’avons pas encore appréhendé. Je fronce les sourcils en même temps que mon moitiesprit à côté de moi, tandis que Jade baisse la tête.
 
« Q-quoi…
- Tu ne nous dis pas tout. Qu’est-ce uq’il y a ? continue Lalonde, imperturbable.
- Hé bien… »
 
Elle prend une grande inspiration et baisse les yeux, comme incapable de soutenir nos différents regards. Je sens John attraper doucement ma main, inquiet. Ça me tourneboule un peu le cœur, je suis bien obligé de l’avouer.
 
« Eh bien… les médecins n’en sont pas sûrs, mais ils ont dit… qu’il était possible que Tavros ne recouvre pas l’usage de ses jambes, parce que sa colonne a été touchée ou un truc comme ça. »
 
Un silence de plomb tombe sur la salle, et je jette un regard inquiet à mon moirail, figé pas loin de moi, qui ne bouge plus. Je suis prêt à me jeter dessus pour lui faire le plus gros sooshpap du monde s’il le faut, mais il semble réussir à se calmer tout seul, sans rien dire. J’aperçois juste son regard, un peu plus sombre. Il faudra que je pense à surveiller ça de plus près.
Jade semble prête à reprendre la parole – certainement pour essayer de tous nous rassurer, pleine de remord d’avoir dû annoncer une si mauvaise nouvelle – mais notre prof arrive à ce moment-là et coupe court à notre discussion, nous forçant à retourner à nos places.
 
La suite de la journée se déroulera, interminable, la tension augmentant heure par heure autour de nous entre les humains et les trolls. J’espère que tout ceci ne partira pas en boule de neige, qu’on pourra le stopper à temps.
Je n’aimerais pas que tout redevienne comme avant, quand les humains flippaient tellement de nous approcher qu’un seul regard de notre part les faisait chier dans leurs frocs.
 
Lorsque nous retournons dans notre chambre après le repas du soir, avec John, je m’affale sans aucune délicatesse sur le lit de ce dernier, qui a l’air plutôt surpris de mon comportement. J’ai la tête enfoncée à moitié dans son oreiller, mais devine sans aucune difficulté qu’il vient de s’allonger à côté de moi – surtout grâce au poids de son corps sur le matelas, sa chaleur qui se colle contre moi.
Et son doigt qui pouic pouic sur ma joue.
Je grogne vaguement au toucher, ne pouvant empêcher un sourire de venir dévoiler mes crocs lorsque je l’entends rire. Je tourne la tête vers lui et croise son regard rieur mais teinté d’inquiétude.
 
« Qu’est-ce qu’il y a, abruti ? »
 
Il fait la moue – toujours aussi insensible à mes insultes, c’en est presque désespérant ! – promenant son doigt sur mon nez, à présent, avant de se décider à répondre.
 
« Je sais pas trop… Je suis juste… inquiet, je crois ?
- De quoi ?
- Que… tout redevienne comme avant ? J’ai pas envie, c’était vraiment chouette que les humains se décident à parler aux trolls, qu’ils cessent d’avoir peur de vous. Mais… maintenant, qu’est-ce qui va se passer ? »
 
Je pousse un soupir et me tourne complètement jusqu’à pouvoir me placer face à lui, mon front appuyé contre le sien, mes mains courant sur sa taille, ses mains à lui perdues dans mon dos ou mes cheveux. Je ferme les yeux et laisse quelque chose entre le ronronnement et le grognement se balader dans ma gorge. Ça a l’air de lui plaire, puisqu’il sourit.
 
« Je sais pas ce qui va se passer, mais arrête de t’inquiéter, crétin, ok ? Ça sert à rien. Au pire, on recommencera. Ils pourront pas nous empêcher d’être tous les deux, et t’es bien placé comme moi pour savoir que le bonheur et le rire, c’est contagieux. On les empêchera de tout casser. Maintenant, arrête de t’en faire ou je serais forcé de te punir, vu ? »
 
Il passe par une petite phase d’étonnement avant de comprendre ce dont je parle, un sourire carnassier aux crocs.
Et avant que j’ai pu dire ouf, je sens la main dans ma chevelure se déplacer doucement vers le haut de ma tête, là où sont situées mes cornes.
 
Le bruit dans ma gorge est bien plus près d’un ronronnement, maintenant.
 
***
 
Le lendemain matin, tout semble aller comme d’habitude – enfin, la tension en plus, quoi. Nous sommes dans notre classe de math – avec le remplaçant d’Ampora, qui est bien plus supportable que son homologue – quand quelque chose d’assez étonnant se passe.
La sonnerie marquant le début du cours n’a pas encore sonné, mais j’ai déjà le nez dans mon cahier pour vérifier un exercice que je n’étais pas sûr d’avoir réussi. John, à côté de moi, à l’air de s’ennuyer ferme.
 
Au bout de quelques lignes de calcul, je le sens me tapoter le coude. Je grogne vaguement pour lui montrer que je l’écoute, et l’entend me chuchoter un « je reviens ! » rapide. Hochant la tête, je ne quitte pas des yeux mon cahier, concentré sur cette ligne de dérivée qui me pose tant de problèmes. Je le sens juste quitter sa chaise à côté de moi et entends ses pas se diriger vers l’autre côté de la classe, là où je sais que Rose, Jade et Kanaya sont situées.
 
« Dis-moi, Nepeta… »
 
… Ah, et Nepeta et Equius, aussi, oui.
J’avais oublié ces deux-là. D’ailleurs, pourquoi veut-il lui parler, en fait ? J’aurai dû lui demander, mince.
Je relève la tête, curieux, pour le découvrir posté devant le bureau de la troll fan de chats, qui le regard d’un air curieux. John est toujours aussi souriant. Il s’apprête à rouvrir la bouche quand je vois Equius bouger pour poser une de ses imposantes mains sur l’épaule de sa moirail.
 
« Nepeta, non. Je ne veux pas que tu lui parles. »
 
Un intense silence s’abat sur toute la classe, à peu près toutes les têtes s’étant tournées à l’entente de la voix, grave et profonde – difficilement loupable – d’Equius. Nepeta s’est tournée vers lui, et je devine d’ici qu’elle doit être passablement étonnée.
 
« Miais, Equius…
- Pas de mais. Tu sais que ça peut être dangereux, et je ne veux pas mettre en péril ta sécurité. »
 
John ouvre la bouche, puis la referme. Visiblement, le regard grave d’Equius l’a totalement convaincu de ne pas essayer d’argumenter quoi que ce soit. Il baisse un peu la tête, lance un regard triste à Nepeta – qui le lui rend bien – puis retourne s’asseoir à côté de moi. Je lui jette un regard qu’il soutient difficilement, et tapote doucement son épaule – je ne peux malheureusement pas faire grand-chose de plus, le prof va arriver.
Mais nul doute que je parlerai avec lui de ça ce soir, à mon avis ce crétin en a grand besoin.
 
***
 
 
Malheureusement, je ne pourrais pas attendre le soir.
Ou plutôt, le monde décidera que j’aurai dû me bouger les fesses plus vite, précipitant les choses par un autre incident – moins violent que les autres, mais quand même assez impressionnant.
 
On était en train de marcher dans le couloir quand c’est arrivé.
Au début, personne n’a compris. Tout ce qui s’est passé, c’est le bruit d’un cadenas que l’on défait, puis un hurlement strident, glaçant littéralement le sang. Presque tout le couloir s’est figé sur place, le regard tourné en direction d’une trolle d’environ le même âge que nous, qui avait reculé de plusieurs pas avant de tomber à terre, les yeux figés en direction de son casier.
 
Casier d’où s’échappait un torrent d’araignées et de cafards dans toutes les directions.
D’araignées.
 
Je grinçais des dents.
Des araignées. Le surnom que Sollux donnait à Vriska – SpiderBitch – n’était pas sans raison. Cette fille adorait les araignées comme si c’était ses putains d’enfants. Pas dur d’ignorer la signature de cette nana.
Qui s’en prenait encore à des trolls. Il n’était pas dur de se douter pourquoi elle.
 
Elle avait du faire ami-ami avec des humains.
Je sentis la main de John se refermer sur la mienne, la serrer douloureusement. Je tourne la tête pour lui lancer un regard qui se veut rassurant, mais je me gèle dans mon élan quand j’aperçois une tache violette au fond du couloir qui attire mon attention.
 
Eridan.
Ce sombre connard d’Ampora.
 
Qui sourit.
Qui est en train de sourire, PUTAIN !
Je n’ai pas le temps ne serait-ce que d’ouvrir la bouche que ce con m’a déjà lancé une saleté de regard de défi avant de se détourner, sourire aux lèvres, et de quitter le couloir.
 
Je sens mon ventre faire comme un nœud.

J’ignore pourquoi, mais je suis persuadée que cet enculé est pour quelque chose dans tout ce qui se passe ici. 
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Raichuu

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   8/30/2013, 22:22

C’était déjà difficile d’imaginer que les choses pouvaient être pires – avec Tavros toujours à l’hôpital, et quelques autres évènements moins importants mais importants tout de même, par-ci par-là, pour « punir » les trolls qui s’approchent trop des humains – mais rapidement je comprends que toute cette histoire est loin de s’arrêter là.

C’est surtout des rumeurs, au départ. Des trolls de notre lycée qui se seraient fait tabasser en ville. À chaque fois ils disaient avoir été attaqués par des inconnus, mais le fait que les élèves attaqués soient connus pour traîner souvent avec des humains et le timing des attaques… Dur d’imaginer que tout ça n’est qu’une coïncidence.

Le problème, c’est que personne ne semble jamais présent quand quelque chose arrive. Et même quand ça se passe dans l’enceinte du lycée, il n’y a jamais aucun témoin.


Du côté de notre petit groupe, il a été décidé, après une assez longue discussion, que Kanaya partagerait la chambre de Rose pendant un moment. Je la comprends, en même temps. J’aurais pas aimé être dans la même piaule que cette Vriska, même sans la connaître, alors si en plus elles ont eu quelques différends par le passé… Apparemment Vriska n’avait jamais mis les pieds à l’internat jusqu’à présent ; quand elle venait en cours, c’était juste une journée, pas étonnant que les profs se souviennent pas d’elle. Je me demande si c’était pour éviter Kanaya qu’elle a fait ça. J’imagine que je le saurai jamais.

Quoi qu’il en soit, Rose s’est proposée pour l’héberger, même si on n’a pas fait de demande officielle cette fois – je crois qu’aucun d’entre nous n’avait le temps ni le courage d’aller frapper au bureau de M. Slick, et puis il aurait fallu déplacer toutes ses affaires dans la soirée. Et trouver une autre chambre pour Jade, aussi.

En parlant de ma sœur, elle n’a pas du tout protesté. En fait, elle avait l’air plutôt contente de la solution alternative qu’elle a trouvé : Kanaya partagerait la chambre avec Rose le temps que les choses se calment, et Jade… Eh bien, elle a vraisemblablement décidé qu’elle squatterait nos chambres à tour de rôle. Elle avait amené un sac de couchage avec elle – me demande bien pourquoi, d’ailleurs – donc personne n’a pu protester. Et puis elle avait l’air tellement enthousiaste qu’il aurait vraiment fallu être sans-cœur pour la priver de son plaisir.


---
 
Il s’est pas passé grand-chose, ce weekend-là. Faut dire qu’on n’a pas trop bougé de nos chambres ; déjà parce qu’on avait une bonne pile de devoirs et que je sens que Karkat m’aurait décapité sur place si j’avais remis tout ça à la dernière minute, mais aussi parce qu’on voulait pas trop attirer l’attention sur nous vus les évènements récents. Dimanche, on s’est tous réunis pour partager d’autres hypothèses quant au prétendu accident de Tavros, mais sans preuves, pas vraiment moyen d’avancer. On a donc juste fini par tous se mettre devant un film, et ainsi une nouvelle semaine de cours a commencé.

Sans surprise, quand on arrive en cours le lundi matin, Vriska Serket est déjà dans la salle. Assise, bras croisés et l’air arrogant, elle fixe chaque arrivant avec un grand sourire sur les lèvres. Je sais pas si c’est à cause de ce que Kanaya et Terezi nous ont raconté sur elle, mais en croisant son regard, je peux pas m’empêcher de frissonner.

Je secoue la tête. Non, c’est pas bien de douter des gens comme ça. Après tout on n’a aucune preuve contre elle ; si ça se trouve, elle est innocente. Bon, OK, c’est un peu difficile à croire vu son sourire légèrement psychopathe, mais… Karkat aussi me faisait un peu peur, au début. Faut pas que j’aie de préjugés !

Pris d’une soudaine poussée de confiance, je m’approche de la jeune fille, sourire sur les lèvres – un peu forcé certes, mais sourire quand même – ignorant la main de Karkat qui tente de me rattraper tandis que je me poste devant sa table.

« Salut ! Je tente, pas bien sûr de moi. Je m’appelle John.
- Et tu me veux quelque chose en particulier, John-le-débile ? »


OK, ça commence pas super bien, mais c’est pas ça qui va m’arrêter !

« J’me disais que, peut-être, vu que t’as pas été là pendant longtemps… Si jamais t’as besoin qu’on te file les cours ou quoi…
- Eh bien, voyoooooooons… En fait, même si j’avais vraiment besoin de ces cours stupides, je crois que tu serais la dernière personne à qui j’irais le demander. Regardez-moi cette tête d’abruti ! Hors de ma vue, humain. Quoique, si tu me supplies à genoux, je t’autoriserai peut-être à lécher mes bottes ! Qu’est-ce que tu en penses, John-le-débile, hmmmmmmmm ?
- Hé, tu lui parles pas comme ça !
- T’as un problème, Vantas ?
- Ouais, un putain de problème. Et, tiens, c’est marrant, il est juste en face de moi !
- Haha, très amusant. T’es un comique, tu sais ? Peut-être que tu rigolerais moins si, disons, un petit accident arrivait à un certain abruti d’humain… »


D’un seul coup, plus personne ne parle dans la salle de classe. Je regarde Karkat qui semble s’être gelé sur place.

« C’est une menace ?
- Peut-être. »


Nouveau silence, mais cette fois très rapidement interrompu par une sorte de grognement. Grognement tout droit sorti de la gorge de Karkat.
Presque par réflexe j’attrape sa main, tirant dessus pour le forcer à tourner son visage vers moi.


« Laisse tomber, OK ? »

Il me jette un regard plein de « pas-question-j’vais-la-tabasser-à-mort ! » mais je serre sa main avec insistance et, bien que probablement à contrecœur, je le vois soupirer et se retourner.

« Bah alors, Vantas ? Nargue Vriska. Ton petit ami humain ouvre la bouche et t’obéis comme un clébard apprivoisé ? T’as aucune fierté en tant que troll ? Peut-être que t’as décidé de vivre comme un humain. Après tout on sait tous combien tu te sens proche d’eux, pas vrai ? Avec ton sang-- !!
- Le cours va commencer ! »


Vriska s’arrête net, et tout le monde se retourne vers Kanaya. La demoiselle n’a pas levé la tête, immobile à sa place, mais son interruption a coupé net l’autre jeune fille dans son élan. Je regarde, paniqué, Vriska fixer mon amie troll d’un regard furieux, mais heureusement pour nous, le professeur choisit ce moment pour entrer dans la classe, et tout le monde est bien obligé de se taire.

OK, Vriska Serket ? Définitivement pas fréquentable. Je note.


---
 
Les choses ont commencé à empirer à l’école.

Pendant une bonne semaine il s’est pas passé grand-chose en fait, mais… Disons que l’ambiance générale était tendue. La plupart des élèves se contentent d’aller en cours et repartent aussitôt dans leur chambre ; on entend moins discuter dans les couloirs, à part des chuchotements. J’ai remarqué aussi que certaines personnes refusaient carrément de discuter avec moi ou un autre membre de notre petit groupe d’amis, à commencer par Equius et Nepeta qui nous évitent comme la peste désormais, même si je vois bien le regard désolé de la jeune fille quand elle passe à côté de nous. J’peux pas lui en vouloir, ni à elle ni à Equius – son moirail, d’après Karkat ; c’est normal d’avoir la trouille vu ce qui se passe. Et puis s’ils se retrouvaient blessés parce qu’ils m’ont parlé, je m’en voudrais probablement un max.

Mais bon, voilà. N’empêche que ça fait mal.

Tout comme ça fait mal de voir les humains recommencer à éviter les trolls en général. J’ai même l’impression que c’est devenu pire qu’avant. OK, ils se parlaient pratiquement pas avant, mais c’était avant que beaucoup soient devenus amis. Maintenant, on voit des trolls se faire ignorer par des humains qu’ils considéraient comme leurs potes, et inversement, certains trolls arrêtent de parler à leurs amis humains pour les protéger.

En fait, à part quelques autres élèves, on est pratiquement les seuls à encore traîner ouvertement avec des trolls. Honnêtement, il m’arrive d’avoir un peu peur parfois. Plusieurs fois il m’est arrivé d’appeler Jade après avoir entendu des rumeurs sur un nouvel accident, juste pour m’assurer qu’elle allait bien. Je sais qu’elle peut être tête en l’air parfois et il lui arrive souvent de traîner seule dans les couloirs, totalement dans les nuages, alors forcément je m’inquiète, même si Terezi et Rose m’ont promis maintes et maintes fois qu’elles veilleraient toujours à ce que ma sœur ne reste jamais seule.

En parlant d’inquiétude, j’ai l’impression que Karkat est devenu hyper protecteur envers moi depuis qu’on a parlé avec Vriska. Il me demande toujours où je vais et me laisse pas mettre un pied dans le couloir sans m’accompagner. Je l’ai même entendu grogner juste parce que quelqu’un me parlait ! Dans n’importe quelle autre circonstance, ça m’aurait juste fait rire (et je dois bien avouer trouver ça un peu adorable sur les bords), mais je peux pas m’empêcher de me sentir un peu mal quand je vois à quel point il est inquiet.


On est de nouveau lundi quand on apprend la nouvelle : un nouvel élève a été envoyé à l’hôpital, un humain cette fois. Il aurait été coincé dans un couloir vide, à ce qu’on dit, et tabassé par un groupe de trolls. L’élève en question a eu plus de chance que Tavros, s’en tirant avec seulement quelques côtes cassées, mais ça ne change rien. Pas de message en lettres capitales cette fois, mais difficile de ne pas avoir de soupçons quant au coupable. Mais encore une fois, personne n’était présent sur les lieux quand ça s’est passé, et la victime nie avoir vu le visage de ses agresseurs.

Quand on retourne en classe l’après-midi, personne ne parle. Vriska est assise à sa table habituelle ; elle n’a pas raté les cours une seule fois depuis son retour. Avec Karkat, on s’apprête à aller s’installer nous aussi – après que ce dernier ait lancé un regard haineux au possible à la demoiselle, qui a répondu avec un grand sourire aux dents tranchantes – mais aussitôt on s’immobilise, car Terezi vient de se poster en face du bureau de Vriska, et pour une fois je n’ai pas l’impression qu’elle se soit juste trompée de place.
Vriska, elle, se contente de hausser un sourcil, maintenant son sourire même si quelque chose sur son visage trahit son agacement.

« Un nouvel élève vient d’être admis à l’hôpital, dit fermement Terezi, l’air plus sérieux que jamais.
- Et ? Qu’est-ce que c’est censé me faire ?
- Je pense que c’est toi qui l’y a envoyé. »


Les sourcils de Vriska se froncent, son sourire définitivement parti.

« J’espère que tu as des preuves de cette accusation, Pyrope.
- Des preuves ? Qui a besoin de preuves ? Tout le monde a reconnu ton écriture sur le mur, quand Tavros a été poussé du toit !
- Oh, vraiment ? Eh bien, puisque vous êtes tellement plus intelligents et perspicaces que la police, pourquoi ne venez-vous pas tous m’arrêter vous-mêmes ? Alors, j’attends ! »


Personne ne bouge dans la salle ; Vriska dévisage chaque élève et beaucoup baissent la tête pour ne pas avoir à croiser son regard.

« Que des lâches, ricane-t-elle.
- La justice l’emporte toujours au final, grogne Terezi.
- Tu causes beaucoup mais je te vois pas faire grand-chose. Je te connaissais plus intrépide, mais peut-être as-tu perdu ton courage à force de traîner avec des minables comme Vantas ou vos très chers humains. Ou bien c’est depuis que tu as perdu la vue ? Rappelle-moi comment c’est arrivé, déjà ?
- Vriska, ça suffit ! Crie Kanaya, qui s’est levée de sa chaise.
- Encore de son côté à ce que je vois.
- Elle est du côté de la vérité ! Hurle Terezi. Avoue ton crime, Vriska Serket ! Avoue que tu as poussé Tavros du toit !
- Ha ! Cet imbécile serait tombé tout seul de toute façon un jour ou l’autre ! Même pas capable de regarder où il fout les pieds. Quand on y pense, il était comme un chien : tant qu’il ne se sera pas pris une voiture, il continuera d’aller sur la route. »


Le sourire de Vriska s’élargit un peu plus tandis qu’elle murmure, tout juste assez fort pour être entendu dans le silence :

« Je lui ai rendu service en le débarrassant de ses jambes, crois-moi ! »

Je n’ai pas le temps de comprendre ce qui se passe que Vriska tombe de sa chaise, projetée à terre par une Terezi furieuse qui s’est jetée sur elle comme un dragon enragé. Les cris d’élèves apeurés retentissent, mêlés au bruit de chaises qui tombent tandis que Terezi frappe Vriska au visage, juste avant de recevoir un puissant coup de pied en plein abdomen qui la fait tomber en arrière, emportant une table dans sa chute.

« Qu’est-ce qui se passe ici ?! Hurle une voix forte – le prof qui vient d’entrer, on dirait. Arrêtez ça tout de suite ! J’ai dit, arrêtez ! Vous deux, aidez-moi à les séparer ! »

Il ne faut pas moins de trois élèves trolls en plus du prof pour retenir les deux filles. Terezi pousse un cri de rage, battant furieusement des pieds pour tenter de se dégager. Vriska, elle, se contente de la fixer avec haine, un filet de sang bleu coulant d’entre ses lèvres.

« Ne crois pas qu’on en a fini, toi et moi ! Crie-t-elle. Tu paieras pour ça, Pyrope ! »

Quelques secondes plus tard et les deux filles sont amenées de force hors de la salle de classe, probablement pour finir en salle des professeurs, voire carrément le bureau de la directrice. Du coin de l’œil, je vois Rose poser une main sur l’épaule de Kanaya qui se laisse tomber sur sa chaise ; Karkat s’avance à son tour vers elle et je suis le mouvement.

« Peut-être est-ce ma faute, soupire la jeune fille. Si je lui avais fait face le jour de la rentrée au lieu de la fuir et de demander un changement de chambre, peut-être n’aurait-elle pas autant séché les cours. Si je ne l’avais pas rejetée, si je m’étais un tant soit peu occupé d’elle…
- Ce n’est pas ta faute, la coupe Karkat. Cette fille t’a fait du mal, c’est normal que t’aies pas eu envie de lui sauter dans les bras en la revoyant. Et puis rien ne nous dit qu’elle n’aurait pas agi pareil quoi qu’on fasse.
- Je ne sais pas, je… Je ne sais plus quoi penser. »


Elle pousse un long soupir, baissant les yeux avec un sourire mélancolique.

« Nous étions tellement proches… Les meilleures moirails… Je n’arrive toujours pas à me convaincre qu’elle ait pu changer à ce point.
- Elle a changé, grogne Karkat. Et pas question que je la laisse faire du mal à un seul d’entre vous.
- Karkat, je ne te savais pas si chevaleresque, plaisante Rose à moitié.
- La ferme, Lalonde. »


Rose lève un sourcil, petit sourire amusé sur le visage, et Karkat grommelle mais déjà Kanaya a relevé la tête et sourit tendrement – j’ai toujours dit que Rose était douée pour remonter le moral des gens.

J’essaye de me concentrer sur le cours qui reprend après ça, tentant du mieux que possible de ne pas repenser au regard furieux de Vriska tout à l’heure qui, je crois, ne présage rien de bon.


---
 
Nous ne revoyons pas Terezi ou Vriska de la journée et devons attendre le soir pour que Terezi nous rejoigne tous dans la chambre de Jade et Rose. Elle entre en grimaçant, visiblement encore agacée.

« Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ? Demande Jade.
- Collée pendant deux semaines. La même pour Serket.
- Bon… Ça aurait pu être pire, non ?
- Je me fiche de la sentence, je n’aurais pas dû être jugée coupable ! Rage la troll. »


Personne ne dit rien pour lui laisser le temps de s’asseoir et se calmer un peu. Finalement, elle prend une grande inspiration avant de poursuivre :

« Serket a avoué, mais ils ne veulent rien entendre. Ils continuent de croire à un accident, ces couards !
- Mais quand Tavros dira ce qui s’est passé, ils seront bien obligés de l’arrêter si c’est elle qui a fait le coup, non ? Continue Jade.
- Pas sûr qu’il la dénonce, dit doucement Aradia. Je connais bien Tavros, il est trop gentil.
- On lui parlera ! Insiste ma sœur. Et s’il veut toujours pas, on trouvera un autre moyen de la faire inculper ! Elle s’en tirera pas aussi facilement !
- Vous pensez qu’elle est aussi responsable des autres incidents ? Demande Aradia.
- Ça ne m’étonnerait pas ! Dit Terezi. Elle doit avoir des complices, cependant. Même Serket n’aurait pas pu aller aussi loin toute seule.
- J’ai peut-être une petite idée pour l’un d’eux », dit alors Karkat.


Tout le monde se tourne vers lui, attendant qu’il poursuive.

« Eridan Ampora. Je l’ai vu sourire l’autre jour, quand cette fille a eu des araignées dans son casier. Et puis ce sombre connard a toujours eu un truc contre les humains ; vous vous souvenez comment il s’est fait jeter à l’exposé d’Histoire parce qu’il avait voulu faire le travail seul ?
- Ça ne suffit pas à l’incriminer, dit Kanaya, mais je comprends que tu puisses avoir des doutes. Peut-être devrions-nous le surveiller un moment.
- Pourquoi pas demander à Feferi ? Suggère Aradia. Ils sont moirails, non ?
- Bonne idée, dit Terezi. John et Karkat, demain vous irez parler à la fille-poisson. Moi j’enquêterai sur les lieux des incidents. Il reste peut-être des preuves à découvrir !
- Héhé, on se croirait dans une enquête policière ! Dit Jade. Je veux dire, c’est pas drôle ce qui se passe, mais…
- Hé, c’est pas pour ça qu’on doit déprimer, je lui réponds.
- John a raison, dit Rose. Garder le sourire en toutes circonstances est une force en soi.
- Ouais ! Et ça nous empêchera pas de mettre Spiderbitch sous les verrous ! » Ricane Terezi.


Nous nous séparons finalement après ça, retournant dans nos chambres respectives. Sur le chemin, j’en profite pour discuter un peu avec Karkat, et surtout pour lui poser quelques questions sur Feferi et Eridan. Ils ont beau être dans notre classe, je leur ai jamais vraiment parlé. Apparemment Karkat non plus, puisque tout ce qu’il peut me dire sur eux est qu’Eridan considère que tout ce qui n’est pas un troll aquatique ne mérite pas de vivre et traite tout le monde de haut, et que Feferi est vraisemblablement tout le contraire, plaisantant avec même les sangs les plus bas. Et aussi, qu’ils faisaient beaucoup de jeux de mots sur le thème marin.

« Mais c’est pas un peu contradictoire ? Je lui demande une fois dans notre chambre. Je veux dire, ils ont pas du tout l’air sur la même longueur d’ondes, alors pourquoi ils traînent ensemble ?
- C’est une des facettes de la moirallégeance. À la base, ce quadrant sert à ça : quand un troll a trop de pulsions meurtrières ou violentes, il vaut mieux qu’il ait un moirail pour l’apaiser. Même si dans le cas d’Ampora ça tient plus de l’envie de génocide. Ce connard se croit plus haut que tout le monde, et il essaye de se servir de son statut pour ramener n’importe qui dans un de ses putains de quadrants. Y’a qu’aux humains qu’il adresse pas la parole, et crois-moi vous avez de la chance de ce côté-là.
- Donc, en fait, Gamzee il t’apaise c’est ça ?
- Ouais. T’es pas trop mal dans le genre non plus, enfin quand tu me donnes pas envie de te mettre des baffes. Si t’avais pas été là, j’crois que j’aurais dévissé sa tête à Spiderbitch l’autre jour.
- Oh, bah, c’est une bonne chose que tu l’aies pas fait, non ?
- Ouais, j’imagine. »


Il s’arrête un moment, comme plongé dans ses pensées.

« Ça fait un moment que j’ai pas causé à Gamzee, avec toute cette histoire.
- T’as besoin de lui ? J’peux l’appeler, si tu…
- Non, l’appelle pas. Pas envie de voir sa tronche de drogué. Juste que j’ai tendance à oublier qu’il a besoin d’être surveillé, des fois.
- T’inquiète, j’suis sûr qu’il va bien. C’est vrai qu’il a souvent la tête dans les nuages, mais…
- J’voulais pas dire dans ce sens-là… Mais bon, laisse tomber. J’irai lui parler demain. »



---
 
Comme prévu, le lendemain, nous attendons la fin des cours pour discuter avec Feferi Peixes. La sonnerie annonçant la pause de midi ayant retentie, les élèves commencent à sortir de la salle de classe. Heureusement pour nous, Eridan est déjà sorti et Feferi prend son temps pour ranger ses affaires, aussi il ne reste pas beaucoup de monde dans la salle quand Karkat s’avance – seul, ça vaut mieux pour l’instant – vers la demoiselle. Je les vois échanger quelques mots, et Feferi hoche la tête, l’air intrigué. Le reste des élèves sort et, quand je vois qu’il n’y a plus que nous trois, je rejoins les deux trolls.

« Voilà, on sera plus tranquilles comme ça, dit Karkat.
- Et donc, qu’est-ce que tu voulais, Karcrabe ? »


Feferi nous regarde, sourire innocent sur son visage. Je souris à mon tour et Karkat lève juste les yeux au ciel.

« Juste savoir si t’avais remarqué quelque chose d’inhabituel chez Ampora dernièrement. »

Feferi fronce les sourcils en entendant ça.

« Eridan ? Pourquoi, qu’est-ce qu’il a fait ?
- Euh, non, on n’a pas dit qu’il avait fait quelque chose ! Je m’exclame. On l’accuse pas ou quoi, hein ? Juste que, voilà, on…
- On pense qu’il pourrait être impliqué dans l’accident de Tavros et les autres incidents qui se passent en ce moment. »


Oh, génial.
Va falloir que je lui apprenne le sens du mot « tact » à celui-là, un jour…


Curieusement, Feferi n’a pas l’air fâchée ; elle semble juste désolée.

« Oh… J’aimerais bien pouvoir vous aider, mais je ne peux vraiment rien vous dire. Eridan et moi on a rompu notre moirallégeance le mois dernier, et à vrai dire je lui ai pas reparlé depuis. Promis, si jamais j’apprends quelque chose je vous le dis ! C’est terrible ce qui est arrivé à ce pauvre Tavros… »

Elle s’excuse à nouveau avant de sortir, et je me tourne vers Karkat qui pousse un long soupir.

« Génial, notre seule piste vient de se tirer.
- On trouvera bien un autre moyen de découvrir la vérité, t’en fais pas.
- Ouais. J’reste quand même persuadé que cette face de morue d’Ampora a quelque chose à voir dans tout ça. Et s’il a plus de moirail, raison de plus pour s’en inquiéter. »



Tout en continuant de discuter, on se rend au réfectoire où on retrouve nos amis. Terezi nous quitte avant le reste, bien décidée à aller récolter des preuves – elle pense pouvoir dénicher des indices avec son flair que la police n’aurait pas vu, limités par leur vision, ou quelque chose comme ça.

Comme d’habitude la pause passe trop vite, et c’est vite de nouveau l’heure d’aller en cours. La salle fermée, tout le monde attend dans le couloir le professeur qui semble une fois de plus en retard.

« Vous avez remarqué ? Vriska est pas là, chuchote Jade.
- Elle est peut-être seulement en retard, dit Rose.
- Mais elle est tout le temps en avance d’habitude ! Et puis… Terezi est toujours pas là non plus ! »


Je me tourne vers Karkat, qui fronce les sourcils. On se recule un peu pour chercher notre amie des yeux, mais aucun signe d’elle.

« Ça ne veut peut-être rien dire, je tente pour les rassurer.
- Mais, et si… »


Jade s’interrompt soudain et je comprends vite pourquoi : Vriska vient d’arriver. La jeune fille ne nous adresse pas un regard, se contentant de s’adosser au mur en attendant l’arrivée du prof. Je me tourne vers ma sœur et on s’échange un sourire, un peu rassurés. Puis le professeur arrive enfin, l’air pressé.

« Tout le monde en salle d’étude, crie-t-il alors, le cours est annulé ! »

Quelques exclamations de joie suivent l’annonce, mais quelque chose se resserre dans mon ventre, et vue la tête que fait Karkat j’imagine qu’on pense à la même chose. Je me précipite vers le prof.

« Il se passe quelque chose, monsieur ?
- Allez en salle d’étude, vous en saurez plus une fois…
- Dites-le ! Grogne Karkat – ouah, du calme, ça reste un prof ! – Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Il y a eu un nouvel incident, rien de bien grave mais votre camarade a été envoyé à l’hôpital pour vérifier… Monsieur Vantas ! Revenez ici, vous… Egbert, vous aussi ! »


Je n’écoute pas davantage les cris du professeur, déjà parti à la course à la suite de Karkat. Du coin de l’œil, je vois Rose et Kanaya se faire un signe de la tête avant de nous suivre, suivies de Jade, Dave, Gamzee, Sollux et Aradia. Une fois dehors et devant le portail, on arrive juste à temps pour voir un médecin parler avec un professeur, derrière une ambulance. En nous voyant, le prof – notre professeur de sport, un troll plutôt baraqué – s’arrête de parler et nous jette un regard sévère.

« Monsieur ! S’écrie Jade, arrivée la première. C’est Terezi ? Est-ce qu’elle va bien ?!
- Hé, du calme ! Pourquoi n’êtes-vous pas en cours ? Oui, mademoiselle Pyrope va très bien, ils l’amènent juste à l’hôpital pour faire quelques tests supplémentaires, juste au cas où.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Demande Aradia.
- Votre amie a eu de la chance. Un pot de fleur est tombé d’un étage plus haut juste au moment où elle passait pour aller en cours. Je vois pas ce qu’elle fichait dans ce coin-là, déjà, mais peu importe. L’essentiel, c’est qu’elle l’ait évité à temps. Elle s’est un peu cognée la tête en tombant, mais elle avait l’air d’aller plutôt bien. Comme j’ai dit, c’est juste pour vérifier que tout va vraiment bien qu’ils l’emmènent.
- Est-ce qu’on peut aller la voir ? Je demande.
- Hé, je viens de vous dire que c’était rien ! Et puis vous devriez être en cours !
- Mais les cours ont été annulés, proteste Jade, et ça pourrait être grave ! »


Devant son regard plus qu’insistant, le professeur a l’air d’hésiter. Finalement, il soupire, passant une main dans ses cheveux en pagaille.

« Très bien, vous irez la voir… Mais seulement une fois que les cours seront terminés ! Annulés ou pas, je vous rappelle que vous êtes sous la responsabilité du lycée durant les créneaux scolaires.
- Merci, monsieur !
- Et vous avez plutôt intérêt à être rentrés avant le couvre-feu ! Je m’assurerai personnellement de savoir si vous êtes dans vos chambres ou non ce soir !
- On y sera ! »


Sur ce, nous nous redirigeons tous vers la salle d’étude dans laquelle nous nous glissons discrètement, après nous être fait passer un bon savon par le professeur qui nous avait en cours normalement pour nous être enfuis comme ça.
J’essaie de faire mes devoirs pendant les heures de permanence – pas comme si je pouvais faire autre chose de toute façon – mais j’ai du mal à rassembler mes pensées.

« Psst ! »

Je me retourne discrètement pour voir Jade, derrière moi.

« Quoi ? Je murmure.
- Tu trouves pas ça louche, toi, que Vriska soit arrivée en retard juste quand Terezi a son accident ?
- Quoi, tu crois qu’elle aurait… ?
- Moi je dis juste que le timing est trop parfait ! »


Elle me jette un Regard qui veut tout dire et je me retourne, pas bien sûr de savoir quoi penser. C’est vrai que ça coïncide un peu trop bien. Mais personne n’était sur les lieux, et je sais pas si Terezi aura vu – pardon, senti – quelque chose…

La seule chose que je sais, c’est que si on fait rien pour arrêter Vriska, des « accidents » comme ça, y’en aura plein d’autres, et peut-être que les futures victimes n’auront pas autant de chance que Terezi. Je frissonne à cette idée et croise brièvement le regard de Karkat à côté de moi, qui semble me dire que tout finira par s’arranger.

J’espère qu’il a raison.
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Plumy

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   9/10/2013, 17:24

Après tous ces évènements, l’adrénaline cours encore un long moment dans mes veines et j’ai toutes les peines du monde à me concentrer sur ces foutus devoirs qu’on nous a filé pour nous occuper pendant l’heure de perm. J’ai quand même le temps de les faire – puis d’avancer quelques devoirs donnés lors des cours précédents – mais je suis vraiment très loin de ma productivité habituelle.


Faut dire que tout ce qui vient de se passer me tourne dans la tête, et j’arrive pas à m’en défaire. Ouais, Terezi m’énerve et j’ai souvent envie de lui cogner sur le coin de la tronche quand elle essaye de lécher la mienne, mais même putain. C’est une putain d’ami et ça me fout en vrac de penser quelqu’un – que ce soit Vriska ou pas – ait voulu lui faire du mal.
Lorsque la cloche sonne la fin de l’heure de perm, John me tire sur la manche doucement. Je lui jette un coup d’œil, et il en profite pour chuchoter doucement :

« On va voir Terezi après les cours, hein ?
- Nan, on va aller danser la samba. Bien sûr qu’on y va, crétin ! »


Un petit sourire récompense mon ironie mordante, et je me contente de grogner en haussant les yeux. On range nos affaires pour ensuite se rendre à notre prochain cours – putain avec tout ça j’arrive même pas à me souvenir de ce que c’est. Toute l’après-midi passe comme ça, c'est-à-dire très lentement. C’est une des rares fois ou je sens que je m’ennuie en cours, chose plutôt rare pourtant. Mais j’y peux rien, une part de mon cerveau ne peut que s’inquiéter de ce qui est arrivé à Terezi, de son état à elle… et surtout, j’arrive pas à m’enlever de la tête cette putain d’idée que s’ils s’en sont pris à elle… qu’est-ce qui les empêche de s’en prendre à Sollux, Gamzee… ou John ?

Quand la sonnerie marquant la fin de nos cours retentit enfin, c’est à peine si j’entends pas des soupirs de soulagement venant de certains de mes camarades. Il ne nous faut que quelques regards et hochements de tête pour nous décider à se retrouver dans quelques minutes à l’entrée du bâtiment, le temps de chacun aller déposer nos affaires dans nos chambres respectives.


C’est limite si John ne court pas sur tout le chemin, tant il marche vite. Je suis obligé de lui grogner dessus de se calmer pour ne pas avoir à lui attacher une laisse autour du cou.
Nous nous retrouvons donc à huit – Gamzee, John, Sollux, Aradia, Dave, Rose et Jade ainsi que moi – devant le bâtiment pour partir d’un pas qui hésite entre le joyeux, le lourd et le pressé pour l’hôpital de la ville. Il nous faut bien vingt minutes de marche pour y arriver – j’en étais sûr qu’il fallait pas laisser Jade décider de l’itinéraire, on s’est bien perdu au moins cinq putains de fois ! – et encore un petit instant de flottement pour que la nana à l’accueil  comprenne pourquoi on débarque comme ça dans son secrétariat. Elle fini par nous indiquer la chambre (collective) de notre amie, et nous nous mettons en route pour cette dernière.

Après un petit dédale de couloirs, d’ascenseurs, de coins, chambres qui ne sont pas les bonnes et d’une bonne odeur de désinfectant que je déteste toujours autant – ça doit se voir, parce que je sens John m’attraper la main très vite après notre départ pour la chambre de Terezi - ; nous finissons par y arriver. Le calme étant de mise, c’est d’un « LA ! » chuchoté de façon surexcitée que Jade nous indique la bonne chambre, son doigt tendu vers Terezi, allongée sur un lit près de la fenêtre au fond de la chambre, les yeux fermés et ses lunettes posées sur la table de nuit près d’elle.

Avant même qu’on ait passé le seuil de la chambre, on la voit relever la tête, renifler et sourire de tous ses crocs. Inutile de dire qu’on a été repérés. Ca n’empêche pas Jade de pratiquement courir dans sa direction pour presque se jeter dans ses bras.

« Terezi !! Mon dieu mon dieu mon dieu comment est-ce que tu vas ? Ils t’ont rien fait de mal hein ? Ta tête ça va mieux ? Ils ont dit que tu avais pas pris le vase mais c’est pas grave quand même hein ? Et puis et puis et pu- 
- Bon sang Egbert, ta gueule, laisse-la un peu parler ! j’interviens, tandis qu’on se positionne tous autour de son lit. Comment tu veux qu’elle te donne des putains de réponse si tu lui laisse pas en placer une ? »

La sœur de mon moitiesprit tourne vaguement la tête pour me tirer la langue. J’aimerais bien lui répondre, mais je suis interrompu par un rire de Terezi, qui n’a pas l’air plus que ça affectée par l’accident qui lui est arrivé, au contraire. 
Elle tapote gentiment la tête de Jade, puis reprends la parole joyeusement.

« Non, ils ont dit que tout allait bien. Ils m’ont fait passer plein d’examens rigolos, et on décidé que je devais rester encore un peu en observation, jusqu’à demain soir, je crois, je suis pas sûre. Et Karkat, ça fait plaisir de voir que tu es venu, dis donc, mais reste poli avec les autres, sinon tu vas avoir une PUNITION H3H3H3H3. 
- Ta gueule, Pyrope, je grogne. Je suis pas venu, on m’a forcé. Tu me fais chier, alors t’as intérêt de guérir vite ou tu me feras encore plus chier et compte sur moi pour te le faire payer ! »

Je ne récolte qu’un rire. Putain je dois avoir du mal avec mes capacités ironiques ces derniers temps, on dirait que plus personne n’est convaincu que je les déteste tous autant qu’ils sont. Enfin, presque.
Tout le monde parle un peu, chacun allant de sa petite discussion avec Terezi, qui a l’air de très bonne humeur. Jusqu’à ce que la question piège, celle à dix millions de dollars, tombe et casse un peu l’ambiance. Je sais pas trop qui l’a posée – Jade ou Dave ? A moins que ce soit Rose ? – mais ce qu’on peut dire c’est qu’elle fout un sacré froid.


« Mais… tu sais ce qui s’est réellement passé ou… ? »

A cette phrase, Terezi perd toute envie de rigoler. Elle baisse la tête, les mâchoires serrées, et pour la première fois depuis qu’on est là, ouvre les yeux, aussi rouges que les lunettes qu’elle porte d’ordinaire. Je sens John se crisper un peu sur ma main – quoi, il l’avait jamais vue sans ? Pourtant c’est pas rare… enfin. J’imagine qu’il faudra que je lui explique un de ces 4 pourquoi elle a des yeux pareils. 
Enfin, notre amie reprend la parole.

« Je n’ai pas réussi à sentir correctement la personne qui a lâché le pot sur moi. C’est allé trop vite, il a plutôt fallu que je sauve ma vie au lieu de chercher tout de suite la vérité, sinon qui aurait pu présider le tribunal, hein ? 
-  Mais alors on sait pas qui…
- Non, j’ai pas dit ça.
- Comment ça ? j’interviens. »


Terezi lève la tête vers moi et me sourit de tous ses crocs. Je peux pas retenir un frisson le long de ma colonne vertébrale. Ce qu’elle peut être flippante quand elle fait ça… brrr.

« J’ai pas senti, mais je suis sûre que c’est Vriska. Ca peut être qu’elle, surtout que je venais de l’accuser devant tout le monde de l’accident de Tavros.
- Je suis d’accord avec toi ! s’exclame soudain Jade. Surtout qu’elle est arrivée en retard au cours qu’on avait quand tu as eu ton accident, c’est la preuve évidente de sa culpabilité !
- Oh, oh, tout doux miss-ouaf, je l’interromps. Tu peux pas accuser quelqu’un sans avoir de preuve, ça se fait pas bordel. »


Jade a l’air prête à m’aboyer – littéralement – dessus quand la main de Terezi se pose sur son épaule. Elle tourne le regard à nouveau vers l’aveugle de service, qui lui sourit gen… non, j’arrive pas à dire que c’est un sourire gentil. C’est flippant, mais ça se veut amical, disons.

« Ne t’inquiète pas Jade, ils doivent me garder en observation, alors je vais attendre et mettre au point mon accusation, et je reviens demain pour régler tout ça, vu ? 
- O-ok, vu.
- Génial ! achève-t-elle cette fois-ci avec un vrai sourire plein de crocs et d’un langue toujours aussi active – qui me refile toujours autant de frissons d’horreurs. »


Après un petit moment à discuter de choses plus légères, nous décidons de laisser Terezi se reposer correctement – surtout que vu les cris que je pousse quand ils s’amusent à m’énerver, les autres patients de la chambre vont pas tarder à appeler les infirmières pour nous faire dégager de là à grands coups de pied là où je pense.

On est en route pour sortir de l’hôpital, juste devant le secrétariat, quand Jade freine des quatre fers. On se retourne tous – avec un grognement agacé pour ma part – jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche.

« Attendez, puisqu’on est là, on pourrait pas aller voir Tavros ? »

Un instant de silence, où l’on se fixe tous les uns et les autres. Ouais, ça pourrait être une idée, pourquoi pas. Mais…

« Mais, lance Aradia, complétant ma réflexion, Tavros n’est-il pas aux soins intensifs ?
 - Ah… si, tu as raison. Pourquoi ?
- Ce genre de chambre limite en général les visites, ma chérie, complète Kanaya. Nous ne pourrons pas tous entrer dedans, je doute qu’ils laissent plus de 2 personnes entrer.
- Oh… Très bien, alors qui vient avec moi ? »


Un petit silence envahit la pièce où nous nous trouvons. Personne n’avait vraiment prévu d’aller voir Tavros, et ce n’est pas contre lui mais j’imagine que nous avons tous beaucoup à faire avec nos devoirs – quoi, j’ai bien le droit d’être un peu optimiste et penser qu’ils les font ! – pour nous permettre de passer des heures à l’hôpital comme ça.
Quelques excuses s’élèvent peu à peu – j’en profite pour glisser que  John et moi avons des devoirs à terminer. Jade fait la moue.


« Oh allez, ça va pas durer si longtemps que ça ! Juste quelques minutes, pour aller lui dire bonjour ! Et puis les autres, vous pourriez nous attendre à la cafétéria en buvant un truc. Bon, qui vient ? »

Un autre instant de silence. Jade fronce les sourcils, puis finit par s’avancer.  

….
EEEEEEH, POURQUOI ELLE A ATTRAPE MA MAIN EXACTEMENT ?!

« Karkat, tu viens ! 
- Quoi ? HEIN ? MAIS, NON ! MAIS LACHE MOI BON SANG, J’T’AI DIT QU’ON POUVAIT PAS AVEC JOHN, JE N-
- DISCUTE PAS ! »


Tandis que je me fais traîner sans pitié de nouveau dans les couloirs aseptisés, j’entends la voix de Dave s’adresser à mon camarade de chambre.

« Hé, John. Je rêve ou ta sœur vient d’aboyer ?
- Euh… »


Merci pour ton aide, John, je te revaudrai ça.


***

On fini bien par arriver dans la chambre de notre camarade, effectivement, une chambre pour une seule personne, avec un lit plutôt encombrant relié à une demi-tonne de machines. Tavros a l’air… minuscule, dans ce lit gigantesque, emmailloté de partout dans des bandages, même si je me doute qu’il doit y en avoir moins maintenant. Il a quand même eu une sacré chance de ne pas finir avec une corne cassée comme Equius, quand j’y pense, d’ailleurs…

Je reste plus ou moins planté à l’entrée de la chambre à l’observer, tandis que Jade s’approche de lui et tapote doucement sa main. Il ouvre un œil un peu endormi et sourit doucement.

« Oh, euh… bonjour, Jade ! Et, uh… bonjour aussi, Karkat. 
- Ouais, salut, je grogne. 
- Bonjour Tavros ! On est venus voir comment tu allais !
- Pas forcément de notre plein gré… »


Jade ignore royalement ma seconde intervention pour commencer à papoter avec le troll, et j’observe tout ça d’un œil un peu critique. Tu m’étonne que Tavros ait un peu craqué sur elle dans l’année, elle se conduit si gentiment avec tout le monde, quand on y pense bien. Faut qu’elle fasse gaffe, elle dit veiller sur John, mais au fond, elle est aussi putain de naïve que lui.
Enfin bon, c’est pas comme si ça me regardait. 

Je suis rappelé à la réalité par une question de Tavros.

« Mais, euh… Vous êtes venus juste pour moi ? C’est pas que, euh, ca me fasse pas plaisir mais, euh, il… il fallait pas…
- Oh, non, on est aussi venus voir Terezi !
- Terezi… ?
- Ouais, elle aussi a eu un accident. Vous êtes vraiment qu’une bande de ramassis de pas doués, c’est pas possible, je grogne. »


Il y a un petit instant de flottement où les deux me regardent – quoi encore ?! – puis Tavros reprend doucement la parole, visiblement confus quant au sort de Terezi.

« Mais, euh, elle… elle va bien ? 
- Oh, oui, ne t’inquiète pas, elle sortira de l’hôpital demain, elle n’a eu qu’une petite commotion cérébrale je crois. C’est à cause de Vriska.
- V-Vriska… ?
- Oui, c’est sa faute, on en est sûr. Elle lui a lâché un pot de fleur sur la figure et en l’évitant, Terezi s’est cogné. Mais elle reviendra demain pour mettre ça au clair avec Vriska.
- M-Mais… C’est…
- Oui je sais, c’est assez horrible de se dire que Vriska  a pu lui faire ça, tout comme elle a pas hésité à te pousser du haut de l’immeuble. C’est vraiment une fille horrible, je trouve. Heureusement grâce à ça elle devrait être hors d’état de nuire pour un moment, tu auras rien à craindre quand tu reviendras à l’école, tu verras !
- Mais, euh, c’est pas possible que…
- Mais si ne t’inquiète pas, avec ce qu’elle t’a fait plus les autres choses dont elle est forcément responsable--
- Mais elle était ... 
- --Et avec Terezi en accusation, tout est possible, on n’aura aucun mal à la coincer ! Tu verras, tu n’aura rien à craindre quand tu reviendras, c’est promis ! »


Ils continuent un moment ce dialogue de sourd – enfin, plutôt, d’une sourde et d’un qui ne sait pas se faire entendre – jusqu’à ce que je regarde ma montre. Soupirant en voyant l’heure, j’apostrophe Egbert pour lui faire remarquer qu’il serait peut-être temps qu’on y aille si on ne veut pas  se faire méchamment apostropher par notre prof de sport – et j’ai pas du tout envie de faire des tours autour du collège comme punition, merci bien. 
Elle acquiesce, et après lui avoir dit au revoir, nous repartons tous les deux en direction de la cafétéria afin de récupérer les autres pour rentrer.


Comme ce n’est pas Jade qui nous guide, cette fois-ci,  nous nous perdons moins et parvenons à rentrer à temps avant le repas. On salue le prof de sport qui faisait le piquet devant la grille – me dites pas qu’il était là depuis notre départ ?! Il est taré ce mec ! -  pour ensuite filer directement au self afin de prendre notre repas du soir, qui se fera dans une ambiance plutôt calme – vu que Terezi n’est pas là pour mettre de l’ambiance en faisant chier tout le monde.

Après le repas, je parviens à faire sortir à John ses affaires de cours afin de terminer au moins les devoirs pour le lendemain – je sens que son cerveau est pas du tout enclin à travailler un tant soi peu les prochaines épreuves. On ne travaille qu’à peine une heure avant qu’il ne se mette à bâiller bruyamment.


Ouais, bon, j’avoue, avec tout ce qui s’est passé aujourd’hui moi aussi je suis un peu crevé. C’est donc avec un putain de soupir que j’abandonne et range tout moi aussi -  un peu moins vite que lui cependant – avant de me mettre en pyjama et d’aller m’effondrer sur mon lit.


Il ne lui faut qu’à peu près 30 secondes pour venir se coller contre moi, sa peau aussi chaude que la mienne, sa chaleur réchauffant mon drap et son odeur s’insinuant dans mes narines insidieusement. 

Je grogne, voulant paraître agacé.

« T’es au courant que y a un autre putain de lit dans cette pièce ?
- Ose me dire que t’aime pas ça ! rigole-t-il.
- Ta gueule, crétin. »


Un rire, un souffle près de mon oreille.

« Moi aussi je t’aime, Karkat. »

***

Le lendemain, c’est assez dur de m’extirper de ses bras pour trouver la force de m’habiller et de le traîner derrière moi au self, puis en cours. Mais je parviens quand même à le faire – je me demande encore où je trouve la force pour tout ça, tiens.

Ce matin, la salle de classe est hyper calme quand nous arrivons. Il faut dire qu’on a une heure de perm et que les trois quart des élèves aiment bien profiter de cette heure de libre pour dormir encore un peu au lieu de faire leur boulot. C’est en général plus facile qu’en fin d’après-midi ou c’est plutôt un champ de bataille qu’une salle de perm.

Vriska est déjà là quand on arrive et nous lance un regard goguenard. Regard que je choisi d’ignorer royalement histoire de ne pas m’énerver à peine – ou presque – sorti du lit. De toute façon, si ça se trouve, Terezi lui règlera son compte d’ici ce soir, alors autant ne pas s’emmerder avec ça.

Je m’assois avec John dans les rangs de devant, près de Rose et Kanaya, et sort mes affaires. La salle se remplit peu un peu jusqu’à ce que la cloche sonne.

Sonne comme si elle annonçait l’apocalypse.
Apocalypse qui se présente sous une voix que nous connaissons tous plutôt bien, qui hurle de manière stridente deux mots. Juste deux mots.

« VRISKA SERKET ! »

Un sursaut plus tard, nous voilà tous les yeux levés vers l’entrée de la salle, où Terezi est appuyée, totalement habillée, ses lunettes sur le nez et son sac sur l’épaule.
De quoi ?
Elle était pas censée ne revenir que ce soir, elle ? Ok je bite plus rien. Quoi qu’en fait, peut-être qu’elle s’est juste enfuie. Saloperie de médecins incompétents.


Elle me laisse pas tant que ça le temps d’être surpris qu’elle a déjà débarqué en trombe dans la pièce, le doigt braqué sur celle dont elle vient de hurler le nom et qui a vaguement levé un regard ennuyé vers elle.

« Tiens, t’es de retour, toi ?
- Hé oui, tu ne fais pas le poids contre moi et tu le sais ! Et maintenant que je suis là, il est largement temps de mettre toute cette affaire au clair et tu le sais bien ! 
- De quoi tu parles ? »

La voix de Spiderbitch est remplie autant de venin que de dédain, mais notre amie-future-avocate ne se laisse pas pour autant démonter. Elle tape du plat de ses deux mains sur un bureau devant elle et reprend la parole en haussant un peu plus la voix.

« Je parle de l’accident de Tavros, des divers attentats et de la tentative d’accident perpétrée sur ma personne. Je t’accuse de tout ça, Vriska Serket, je suis certaine que tu es responsable de chacun d’eux ! 
- Ah ouais ?! Prouve-le, pour voir !!!!!!!! »


La miss-araignée s’est aussi relevée, tapant à son tour sur le bureau devant elle – hé mais c’est quoi cette nouvelle mode ?
Elles se regardent dans le fin fond des yeux en chien de faïence, aucune ne bougeant d’un demi-poil de millimètre. J’en suis à me demander si ça y est, elles vont se sauter à la gorge et que ça va finir en bain de sang bleuté, quand une voix se fait entendre près de la porte, glaçant tout le monde sur sa chaise.


« Arrêtez ! Enfin… euh, si ça vous dérange pas… »



 
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Raichuu

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   9/22/2013, 21:47

Je suis nerveux en allant en cours, pas bien rassuré à l’idée de devoir rester plusieurs heures dans la même salle que Vriska Serket. Elle m’inspirait déjà pas beaucoup confiance avant, mais maintenant qu’elle a avoué de but en blanc être responsable de ce qui est arrivé à Tavros… Je sais pas, elle a l’air dangereuse. Disons que je resterais pas seul avec elle sur un toit, quoi.

J’essaie de me dire que j’ai tous mes amis autour de moi et qu’elle ne pourrait pas faire grand-chose en plein milieu de l’heure de perm’ devant autant de témoins, et vais m’installer à côté de Karkat à l’avant de la salle, jetant un regard discret en direction de la troll qui nous fixe toujours d’un œil mauvais tandis que la cloche sonne. Les profs qui doivent nous surveiller ne sont pas encore arrivés, aussi la plupart des élèves discutent encore bruyamment même à leurs places, mais tous se taisent quand la voix de Terezi s’élève, puissante et fière à l’image de l’air qu’elle prend, bien qu’on puisse lire de la fureur dans ses traits.

Elle hurle le nom de Vriska et se met aussitôt à l’accuser sans aucune retenue. L’autre jeune fille ne se laisse pas faire, lui faisant face, et toutes deux restent silencieuses l’espace d’un instant ; un silence qui ne me dit rien qui vaille, comme s’il n’était que le calme avant une tempête dévastatrice. Personne dans la salle n’ose bouger, et tout le monde s’attend je pense à les voir se sauter à la gorge, quand soudain c’est une voix plus faible et timide qui brise la tension presque palpable de la salle d’étude :

« Arrêtez ! Enfin… euh, si ça vous dérange pas… »

Je me tourne en même temps que le reste de la classe, Terezi et Vriska comprises. Il me faut quelques secondes pour réaliser que le garçon en fauteuil roulant qui vient d’entrer dans la salle est Tavros. Il a un bandage enroulé autour du front,  des bras et d’une de ses cornes imposantes – mais heureusement pas cassées. Le silence est tel qu’on peut l’entendre déglutir péniblement même d’ici, tandis qu’il fait avancer son fauteuil à la force de ses bras jusqu’à être entièrement dans la salle.

« C’est pas le moment, Nitram ! Peste Terezi. J’ai une affaire à régler, là !
- Hm, oui, je… Désolé, de t’interrompre je veux dire. Mais je dois…
- Tu vois pas que tu déranges, là ? Grogne Vriska à son tour.
- Hé, tu lui parles pas comme ça ! S’écrie Jade. Ça t’a pas suffi de l’avoir fait tomber du toit, faut que tu continues de le persécuter !
- Y’a une humaine ici qui devrait se mêler de ce qui la regarde !!!!!!!! »


Après cette dernière réplique, tout se met à déraper. Karkat se met à crier pour prendre la défense de ma sœur – il a beau dire, je sais qu’il l’aime bien, dans le fond – et Rose en profite pour placer quelques commentaires tranchants ; un des élèves trolls de la salle prend alors la parole, intimant à Rose de « laisser les trolls s’occuper des affaires de trolls ». Kanaya s’en mêle alors, suivie de Dave et moi-même – bref, très vite un brouhaha infernal s’installe dans la salle d’étude et même ceux qui préfèrent ne se mêler de rien finissent par faire des commentaires entre eux, dans le fond.

« Silence dans le tribunal ! Hurle soudain Terezi.
- On n’est pas dans un tribunal ! Tonne quelqu’un, je saurais pas trop dire qui.
- J’ai réquisitionné cette pièce pour en faire une salle d’audience ; JE décide si c’est un tribunal ou non ! Si quelqu’un a une objection à poser, qu’il se fasse entendre, il aura directement affaire à moi ! »


Je sais pas si elle est vraiment sérieuse, mais en tout cas elle est suffisamment convaincante pour que toute la salle tombe dans le silence le plus total. C’est finalement Vriska qui le brise en haussant les épaules d’un air de dédain.

« Toujours autant à fond dans tes petits jeux pathétiques, à ce que je vois. Mais puisque tu as l’air de vouloir te battre, vas-y ! Je t’écoute ! Qu’est-ce que tu vas faire, hein ?
- Je prouverai que c’est toi qui a fait tomber Tavros du toit. D’ailleurs, ça ne va pas être très dur, puisque le témoignage de la victime sera plus que suffisant à démontrer ta culpabilité dans cette affaire. Après ça, ce sera un jeu de larve de démontrer que tu es aussi responsable du reste des incidents, et de mon prétendu accident !
- Ha ! Tu n’obtiendras rien de Tavros, ce trouillard a bien trop peur pour témoigner !
- Oh, il le fera. J’ai mes moyens, pour ça. Et même s’il ne le fait pas, tu ne t’en tireras pas aussi facilement. Quitte à ce que je doive dire à la police que j’ai senti ton odeur sur le pot de fleur qui m’est tombé dessus ! »


Vriska grimace en entendant ça, elle semble chercher quelque chose à dire mais ne trouve rien, se contentant d’envoyer un regard plein de haine vers Terezi, qui sourit de toutes ses dents, l’air triomphant.

« Admet ta défaite, Vriska Serket ! Tu n’as aucun alibi pour hier !
- Hm… Terezi ? »


La voix d’Aradia s’élève, hésitante. Nous nous retournons tous vers elle pour la voir debout à côté de Tavros, qui la tient par la manche d’un air désespéré.

« Je crois qu’en fait, elle en a un, d’alibi…
- Impossible ! S’écrie Terezi.
- Tavros, répète-leur ce que tu m’as dit. »


Le garçon lâche sa manche et hoche timidement la tête.

« J’ai essayé de v- vous le dire. Vriska peut pas être responsable de, euh, ce qui t’es arrivé, Terezi… Et, euh, c’est parce qu’elle était avec moi… quand c’est arrivé, je veux dire.
- Oh, je vois. Alors comme ça, tu l’as menacé pour qu’il plaide ta défense ? J’imagine que tu lui as fait jurer de ne rien dire pour sa chute également !
- N- Non ! S’exclame Tavros. Elle, euh, elle était vraiment avec moi, à l’hôpital ! Elle est restée trop longtemps et, elle aurait pas eu le temps d’arriver à temps, parce que, hm, elle était déjà en retard, pour les cours. Et, euh, les infirmières l’ont vue, elles pourront le dire, si… si jamais, vous me croyez pas, ou quoi. »


Terezi reste longtemps sans rien dire, les yeux rivés sur Tavros (ou dans sa direction générale en tout cas, c’est dur à dire avec ses lunettes). Comme ça, elle ressemblerait presque à un prédateur s’apprêtant à bondir sur sa proie, juste qu’elle hésiterait quant à qui dévorer en premier, Tavros qui semble essayer de se faire tout petit dans son fauteuil roulant ou Vriska qui croise les bras d’un air agacé à côté.
Finalement elle semble quand même se calmer. Elle ferme les yeux et prend une grande inspiration avant de les rouvrir, l’air toujours aussi sérieux mais moins en colère qu’avant.


« Bien. Devant les évidences, je me vois obligée de déclarer l’accusée non-coupable. »
Elle attend un instant et je vois que Jade a l’air sur le point de protester mais elle l’arrête d’un geste de la main avant de reprendre.

« Mais même si elle n’est pas responsable de l’attentat proféré sur ma personne, elle n’en reste pas moins coupable du reste ! À commencer par le prétendu accident de Tavros Nitram, qu’elle a elle-même avoué ! Tu as peut-être gagné une bataille, Serket, mais c’est la justice qui remportera la guerre ! Et par justice, je veux dire MOI ! Je t’accuse d’avoir poussé, ou en tout cas fait tomber volontairement Tavros du toit ! Quelque chose à dire là-dessus, Tavros ?! »

Le garçon sursaute sur sa chaise, surpris d’être directement interpellé. Il semble hésiter, vouloir dire quelque chose, mais finalement il prend une mine désolée.

« N- Non, c’est, hm. C’est bien elle qui m’a fait tomber, a- avec ses pouvoirs, en fait.
- La victime a parlé ! Le coupe Terezi. Serket, qu’as-tu à dire pour ta défense ?
- Ouais, je l’ai fait tomber. Et alors ? »


De nouveau, Terezi tape ses mains contre le bureau d’un air théâtral.

« Alors ?! Alors il s’agit d’un crime grave, ma vieille ! Estime-toi heureuse que les lois aient changé, un demi-siècle plus tôt tu aurais pu être exécutée pour ton crime ! Enfin, c’est peut-être un sort plus désirable aux années d’incarcération qui t’attendent ! »

Tout le monde a les yeux rivés sur Terezi et Vriska, qui se fixent longuement, l’une triomphante l’autre énervée mais silencieuse, mais du coin de l’œil je vois Tavros s’agiter nerveusement sur sa chaise. Bizarre. Notre amie aveugle hume l’air à plein nez, un grand sourire sur ses lèvres noires.

« Sens-tu ce délicat parfum qui t’entoure ? C’est le parfum de la défaite, mêlé à la puanteur de ton crime. Dans quelques minutes à peine, les professeurs arriveront, et je n’aurai besoin que de quelques mots pour qu’ils appellent la police et t’envoient croupir en prison, comme tu le mérites !
- Ose, grogne Vriska en se penchant dangereusement vers elle. Je te mets au défi d’essayer.
- Qu’est-ce que tu vas faire ? Me contrôler, comme tu as contrôlé Tavros pour qu’il se jette du toit ? Ha ! Tu n’es pas la seule à posséder ce genre d’aptitude ici, et je doute que nos professeurs ne remarqueraient rien ! Ou bien tu comptes peut-être envoyer quelqu’un exécuter ta vengeance ? Où sont tes alliés en ce moment, hm ? Ils t’ont laissée tomber dès qu’ils ont vu à qui ils avaient affaire ! »


Vriska se met à sourire en entendant ça, un sourire qui me fait froid dans le dos.

« Parce que tu crois toujours que c’est moi qui tire les ficelles ? Comme toujours, tu es vraiment… aveugle à ce qui se passe autour de toi, quand tu te concentres sur quelque chose. Tu ferais mieux de faire plus attention au reste, ou tu risques de le regretter amèrement un jour.
- Attends, de quoi tu parles ? » Demande Karkat.


Vriska ne répond rien et Terezi lâche un soupir.

« Tes tentatives de nous embrouiller sont vaines, Serket. Plus rien ne t’empêchera d’échapper à ta sentence, à présent ! »

Vriska ne répond rien, et un instant je me demande si c’est fini – si tout est terminé, tous nos problèmes, les incidents, si tout s’arrêtera vraiment là. Bien sûr, je suis content qu’on ait réussi à coincer Vriska, mais… Je sais pas, ça me semble un peu trop facile ? Et puis pourquoi elle aurait dit ça, ça n’a pas vraiment de sens. Je ne sais pas si elle essaye vraiment juste de nous embrouiller, comme le dit Terezi. J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose qui cloche dans toute cette histoire.

« Pourquoi Tavros ? »

C’est quand tous les regards se tournent vers moi que je réalise que je viens de parler à voix haute. Déjà je sens que je me mets à rougir, mais j’essaye de me reprendre.

« Je veux dire, y’avait plein d’autres personnes à part lui. Tavros parle avec des humains de temps en temps, mais je crois pas que ce soit vraiment celui qui a le plus de rapports avec eux ! Si c’était pour donner l’exemple, pourquoi ne pas s’en prendre à quelqu’un qui traîne vraiment régulièrement avec des humains ? »

Mon estomac se serre un peu en pensant à nos amis, ou à Karkat, mais en même temps, c’est la vérité. La moitié du lycée doit être au courant que je sors avec lui, ou au moins qu’on est tout le temps ensemble, alors pourquoi… ?

« On t’a demandé quelque chose à toi, John-le-débile ? Crache Vriska.
- D’un autre côté, il n’a pas tort, fait remarquer Rose. Tavros ne s’expose pas avec des humains très souvent en public, et il n’est pas non plus du genre à se faire remarquer, donc peu de personnes le connaissent dans le lycée. D’un point de vue stratégique, il n’était certainement pas la cible la plus adaptée si le but était d’effrayer les élèves. »


Plusieurs chuchotements d’élèves parcourent la salle, et je dois dire que je trouve ça de plus en plus étrange moi-même. En fait, c’est même pas du tout logique !

« La seule explication, poursuis Rose en croisant les bras, ce serait que tu aies une raison particulière de t’en prendre à Tavros et pas à un autre.
- Tavros, demande Aradia, est-ce qu’il y aurait une raison pour qu’elle s’en soit pris à toi ?
- E- En fait… !
- T’en mêle pas, toi ! Le coupe Vriska. Pyrope, t’as eu ce que tu voulais, non ? Alors arrêtez ces conneries !
- Terezi, toi aussi tu trouves que c’est louche, non ? » Je demande.


La jeune fille semble hésitante, grinçant un peu des dents, comme si elle refusait d’admettre quelque chose. Tu m’étonnes, elle a enfin pu coincer Vriska et elle avait déjà une dent contre elle avant ça. Moi aussi j’aurais eu du mal à ne pas l’accuser contre tout bon sens. Et je pense toujours qu’elle est coupable, d’ailleurs elle l’a bien avoué et Tavros a confirmé, juste que…

« Je sais pas pour vous, mais je serai pas satisfait tant qu’on saura pas tout de cette putain d’histoire, marmonne Karkat.
- Je suis d’accord, dit Rose. Et je pense que nous devrions écouter ce que Tavros a à dire. Ça fait un moment qu’il a l’air de vouloir ajouter quelque chose, je me trompe ? »


Le troll sursaute quand il entend son nom avant de finalement hocher doucement la tête, pas bien sûr de lui. Vriska s’apprête à dire quelque chose mais Terezi l’arrête d’un geste de la main.

« Que personne n’en s’en mêle, je veux écouter la déposition du témoin ! »

Le silence suit et perdure un moment, mais finalement Tavros s’avance et se racle brièvement la gorge avant de parler.

« Je sais que, hm, t’es en colère contre elle et tu voudrais l’arrêter, Terezi, mais… Est-ce que tu peux, ne pas le faire ?
- Tavros ! S’écrie Jade. Pourquoi tu dis ça ? Elle t’a envoyé à l’hôpital, et tu veux qu’on la laisse s’en tirer ?! Tu réalises qu’à cause d’elle, tu pourras peut-être plus jamais… ! »


Ma sœur s’interrompt en se mordant la lèvre, même si tout le monde a très bien compris ce qu’elle avait l’intention de dire. Tavros jette un petit coup d’œil à ses jambes, immobiles dans son fauteuil roulant, et esquisse un petit sourire gêné.

« Je sais, mais, elle voulait pas vraiment. Que ça arrive, je veux dire. Enfin, un petit peu, parce que sinon elle m’aurait pas poussé, mais elle pensait pas que ce serait si grave.
- C’est l’excuse la plus stupide que j’aie jamais entendue ! Rage Terezi.
- Non mais, c’est vrai ! Poursuis Tavros.
- Je t’ai dit de la fermer, espèce d’abruti ! Crie Vriska soudainement. Tu veux que je te casse les deux bras aussi, crétin ?!
- Hm, ce serait cool si tu, euh, le faisais pas, parce que j’ai besoin de mes bras. Mais si je leur dis pas, ils vont te faire arrêter, alors, laisse-moi parler. »


Je m’attends à ce que Spiderbitch répondre quelque chose, mais curieusement, elle ne rajoute rien, croisant juste les bras d’un air agacé.

« C- Ce que je veux dire, c’est que, c’est pas trop grave, enfin, je lui ai pardonné, quoi. C’est juste qu’elle était en colère, parce que je traînais avec des gens et, hm, pas avec elle, enfin pas aussi souvent. Mais elle s’est excusée, à l’hôpital je veux dire. Et je sais qu’elle s’en veut alors, si tu pouvais lui pardonner, Terezi, ce serait sympa.
- Attends, attends, le coupe Karkat, est-ce que je suis le seul paumé à ne rien comprendre à cette histoire ? C’est quoi le rapport entre le fait que tu traînais avec des gens et… »


Il s’interrompt soudain et je le vois écarquiller un peu les yeux, comme frappé par une révélation soudaine mais qu’il n’arriverait pas encore bien à croire. Personnellement je ne comprends toujours rien, et je le regarde se tourner vers Vriska, haussant un sourcil.

« En fait, tu… étais jalouse ? »

Si Vriska était un chat, je pense que tous ses poils se seraient redressés sur son dos d’un coup à cette réplique. Aussitôt, elle bondit de là où elle était, des étincelles de rage dans les yeux, pour empoigner le col de Karkat.

« T’as dit quoi, là ?!
- Ouah, attends, tu veux dire que j’ai raison ? Putain, c’est vraiment ça ! T’es juste jalouse, en fait ! Tu supportais pas qu’il passe du temps avec des humains au lieu de rester avec toi !
- T’es à un demi-million de lieues de la vérité, Vantas, et je te conseille vivement de te la boucler de suite si tu tiens à tes pathétiques cornes ridicules ! »


Karkat ouvre la bouche pour répondre, mais cette fois c’est moi qui le devance :

« Hé, elles sont pas du tout ridicules ! Elles sont cool et c’est pas parce qu’il dit la vérité que tu dois t’en prendre à lui !
- Ben alors, Vantas, t’as besoin qu’on prenne ta défense ? Tu peux pas te démerder tout seul, faut que ton stupide moitiesprit humain parle à ta place ?
- Ouais, ben moi au moins j’en ai un, de moitiesprit. »


Touché.

Karkat lève une main, paume tendue vers moi, et je tape dedans dans un geste victorieux. Vriska, elle, semble bouillir de rage, ses joues bleutées d’embarras et crocs sortis, mais elle a la présence d’esprit de rester silencieuse. C’est Aradia qui reprend la parole, bras croisés et air perplexe sur son visage.

« Alors tout ça, ce n’était qu’un bête accident à cause d’une vacillation de quadrants ? »

Je jette un regard confus à Karkat, qui se rapproche un peu pour murmurer à mon oreille :

« Leur relation était pas stable, elle balançait entre le rouge et le noir – entre amour et amour haineux, si tu préfères – et dans la confusion et sans auspistice pour faire tenir tout ça en place et éviter les crises de jalousie, les choses ont un peu dérapé. »

Je hoche silencieusement la tête même si en vérité je n’ai pas vraiment tout compris ; je pourrai bien lui demander plus de détails là-dessus plus tard, je ne voudrais pas rater ce qui va se passer maintenant.

« Mais, dit soudain Jade, pourquoi avoir écrit ce message, alors ? Elle aurait juste pu dire ça, que c’était un accident, au lieu de faire croire qu’elle voulait s’en prendre aux humains !
- Probablement juste une couverture pour ne pas avoir à s’expliquer, dit doucement Kanaya. Ainsi les gens ne lui posent pas de questions sur sa relation avec Tavros. J’imagine que tu as certainement du mal à l’accepter toi-même, je me trompe ? »


Elle s’est tournée vers Vriska en parlant, qui tire une grimace dégoûtée.

« Ha ! Moi, avoir des sentiments pour ce minable ?! Ne m’insulte pas ! Je lui fais une faveur en restant avec lui, parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en occupe !
- Euh, je peux me débrouiller seul, enfin, je…
- Tavros, la ferme !
- Euh… D’accord.
- Ne dis pas d’accord comme ça ! Rah, mais qu’il est pathétique, c’est pas possible ! Je sais vraiment pas pourquoi je continue de traîner avec toi ! »


Il sourit timidement, un petit sourire d’excuse mais qui n’a pas l’air si désolé que ça, presque amusé, et je vois Aradia poser une main sur son épaule dans un geste amical avant de le laisser pour nous rejoindre.

« Mais alors, les autres incidents, ce n’était pas toi la responsable ?
- J’en ai peut-être causés quelques-uns, dit-elle en haussant les épaules. Le coup des araignées dans le casier, c’était vraiment hilarant.
- Mais les élèves envoyés à l’hôpital… ?
- Comme si j’en avais quelque chose à faire de ces imbéciles. Pas de temps à gaspiller pour eux, j’ai bien trop de fers sur le feu. Tous les fers, même, je dirais. Je suis quelqu’un de très occupé !
- Tu aurais pu le dire, ça nous aurait évité tous ces malentendus ! Rouspète Jade.
- Personne ne m’a demandé, répond la troll avec un sourire.
- Peu importe tout ça, les coupe Terezi. Serket n’est pas responsable, et ça signifie qu’il reste un coupable en liberté quelque part !
- Alors ça veut dire que… Vous n’allez pas faire arrêter Vriska ? » Demande Tavros timidement.


Terezi le regarde d’un air sérieux, avant de se tourner vers Kanaya. La demoiselle semble hésitante, mais je vois Rose prendre sa main et lui sourire. Ça doit lui redonner un peu de courage, car elle fixe Vriska droit dans les yeux après ça.

« Je ne sais pas si je serais capable de te faire confiance une nouvelle fois. Mais si Tavros a décidé de te pardonner, je ne m’opposerai pas à sa décision. »

Elles se regardent dans les yeux, s’envoient un message par le regard que seules elles peuvent comprendre, puis Kanaya ferme les yeux la première, quelques secondes, avant de lui tourner le dos, allant s’asseoir plus loin, à une table, à côté de Rose.

« L’affaire est résolue, dit doucement Terezi. L’accusée est déclarée non-coupable.
- Ouais, peu importe. »


Vriska hausse vaguement les épaules et, sans adresser un regard à Terezi ou Kanaya, commence à marcher vers la sortie. Elle passe devant moi et Karkat sans rien dire, mais soudain s’arrête, passant son regard de lui à moi.

« Pas que ça m’intéresse, mais vous devriez faire gaffe. Il y a des gens qui n’apprécient pas la manière dont vous vous exposez.
- Est-ce que tu sais qui c’est ? Je demande. Tu sais qui est responsable des autres incidents ? »


Elle me fixe dans les yeux et je déglutis, pas bien rassuré.

« Je ne dirai rien. Mais beaucoup pensent que vous deux êtes responsables du départ de ce sale con de prof de maths. Tu ferais mieux de garder ton abruti d’humain à portée de vue si tu veux éviter les mauvaises surprises, Vantas. »

Sans rien rajouter, elle nous tourne le dos. Elle allait passer devant Tavros mais, en voulant la rattraper, celui-ci coince la roue de son fauteuil dans un trou dans le parquet (notre lycée a beau être récent, y’a tout le temps des trucs de cassés à cause des bagarres fréquentes). Il galère quelques secondes avant que Vriska ne lève les bras au ciel.

« Mais c’est pas vrai, t’es vraiment capable de rien, hein ???????? Ramène-toi ici, et grouille-toi, j’ai pas envie qu’ils m’engueulent à l’hôpital parce que tu t’es tiré sans demander la permission comme un demeuré ! »

Elle pousse son fauteuil pour l’aider à se décoincer et se remet en marche, les joues toujours un peu bleues de colère, tandis que Tavros bafouille un petit « euh, oui, j’arrive ! » en souriant. Une fois les deux dehors, j’entends Vriska lâcher un « c’est bon, on a fini, vous pouvez rentrer ! » et, quelques secondes plus tard, notre professeur, une jeune femme humaine, entre dans la salle, l’air gêné. Probablement qu’elle était arrivée depuis un petit moment mais qu’elle ne voulait pas se mêler à toute cette agitation.

« Est-ce que c’est toujours aussi compliqué, la romance troll ? Je demande à Karkat en allant m’asseoir.
- Généralement, ouais. »


Je ris discrètement et, une fois assis côte à côte, attrape sa main sous le bureau. Il ne me regarde pas, mais je l’entends soupirer doucement. Tu m’étonnes, ça doit le libérer d’un poids, que cette affaire soit résolue sans trop de dégâts.

Par contre, du coup, on sait toujours pas qui est responsable de tous les autres incidents. J’essaye de ne pas trop y penser, cependant. Faut bien qu’on profite un peu de cette victoire – si on peut appeler ça une victoire, mais je pense que oui, après tout, pourquoi pas. On s’occupera du reste plus tard.
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Plumy

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   10/8/2013, 00:01

Après cette altercation un peu violente entre Terezi et Vriska, tout s’est calmé un peu. Comme un abcès que l’on aurait crevé avec une épingle, et qui aurait dégonflé en perdant un peu de pus.
Mais pas totalement, évidemment. Il y avait encore des choses qui grondaient sous la surface, dont on ne se doutait qu’à peine. Comme des ombres dont on devine à peine les formes et qui ne laissent presque pas supposer des dangers qu’elles représentent.
 

Ouais, j’ai besoin de sommeil moi, je recommence à devenir lyrique, putain. Faut que je me fasse soigner, tiens. Enfin bon.
Après ça, la journée s’est déroulée presque normalement. Bien sûr, on arrêtait pas de nous regarder bizarrement parce qu’on est ce qu’on est, un groupe mêlé de trolls et d’humains qui refusent de se plier aux regards des autres. Et puis, faut dire que suite à la méga altercation, Terezi s’est un peu faite engueuler, et certains profs nous ont regardé de travers pendant toute la journée mais bon, on s’en balance, au fond. C’est pas comme si ça nous changeait de notre putain de routine.
 
Et puis après on est rentrés, j’ai fait trimer John, comme d’habitude, il a chouiné, comme d’habitude… bref, rien n’a vraiment changé. Même si je me sentais un peu plus détendu que cette pression soit un peu relâchée, je ne parviens pas vraiment à me calmer totalement les nerfs. J’ai l’impression que quelque chose d’autre va nous tomber en travers de la gueule et qu’on le verra même pas venir. Putain.
 
« Hé, ça va Karkat ? »
 
Je lève la tête de mon bol de gruaux – eurk, pourquoi j’ai pris ça au petit dèj moi ? J’sais même plus – pour croiser le regard un peu inquiet de ce crétin d’Egbert. De quoi ?
Je me rends compte à la tête attentive de Dave – enfin, à ses lunettes attentives – et à celle interloquée de Rose que visiblement, ils parlaient et m’ont demandé mon avis.
Et que moi-même, plongée dans cette raclure de bidet – c’est le cas de le dire – qui constitue mon bol, bah j’ai rien entendu du tout.
 
« Ouais,  ouais, ça va, merci. Pas la peine de me couver comme une putain de larve, bordel, je vais pas m’effondrer… ! »
 
Visiblement rasséréné – de quoi, on se le demande – John me largue une de ses bombes-sourires et retourne à son bol de céréales qui a l’air quand même bien plus mangeable que le mien. Enfin, on s’en fout.
Je suis prêt à retourner dans mon gruau dégueulasse quand quelqu’un vient s’asseoir lourdement à la place à côté de moi. Lourdement… et bruyamment.
 
« Yo, TZ. »
 
Elle le salue d’un petit ricanement et s’assied avant d’attraper sa cuiller et de la plonger… dans son verre de jus d’orange. Je hausse un sourcil, mais décide de ne pas trop me préoccuper de ça. Trop crevé, pas assez réveillé pour penser à ce gene de débilités profondes, merci bien.
J’en suis à replonger dans mes pensées et à manger mon gruau – ou l’inverse, allez savoir, en fait je m’en branle complètement – quand un truc des plus chelou se passe. Une exclamation bizarre de Terezi qui vient visiblement de se passer la cuiller sur la joue – enfin de ce que j’ai pu voir du coin de l’œil ? – et qui l’a reposée sur le plateau.
 
« Mais… de… ! 
- Qu’est-ce qui ne va pas, Terezi ? »
 
C’est Kanaya qui vient de lancer ça d’une voix à la fois douce et un peu inquiète. Putain faut toujours qu’elle materne tout le monde, elle. Je lève vaguement la tête, tente de m’intéresser à mon entourage, mais c’est pas facile quand je suis autant dans le pâté.
Mfgrjrufmrjpf.
 
J’en suis à vouloir définitivement essayer de me rendormir dans le gruau – qui sait, ça pourrait être aussi confortable que slime, hé. Sauf que le bol est plus petit qu’un récuperacocon, voilà tout – quand j’entends la voix de Terezi reprendre d’une voix… à la fois interloquée et fâchée.
 
« Hé c’est pas possible ! POURQUOI JE VOIS RIEN ? QUI A ETEINT LA LUMIERE ?! QUE LE COUPABLE SE DENONCE ! KARKAT, C’EST TOI ? »
 
Avant même d’avoir compris ce qu’il se passe, je sens ses mains attraper mon visage d’une manière un peu bizarre – elle tente plus de m’arracher le scalp qu’autre chose, en fait – et se rapprocher à toute vitesse de m-
HEEEEEY MAIS ELLE FOUT QUOI PUTAIN ?
NON, HEY, NON, RECULE, ARRÊTE, JE MRRFFEEEEEEE !!
 
« TEREZI BORDEL DE MERDE LÂCHE-MOI !! »
 
Un ricanement vague avant que sa saloperie de poigne cesse de m’arracher les cheveux du crâne, et je retombe sur ma chaise, le visage complètement gluant de m’être fait passer le pire coup de langue du monde en travers de toute la figure.
J’entends vaguement un ricanement étouffé provenant d’un blond albinos à lunettes qui va le regretter sans aucun doute, avant de me retourner vers mon bol et de croiser les yeux écarquillés de mon moitiesprit.
Je grogne sourdement.
 
« Un seul mot. Un seul. Et tu es mort. »
 
Il ne se passe que trois secondes avant que toute la table entière n’explose de rire. Trente secondes et plusieurs centaines d’insultes plus tard –  j’ai rêvé ou Lalonde a insinué que je pourrais battre le record de jurons débités à la minute ? -, quand ils se calment enfin, Dave en profite pour poser vite fait une question oh combien essentielle.
 
« Hé mais, en fait, Terezi, t’étais pas sensée ne sortir que hier soir de l’hosto ? Pourquoi t’étais là dans la journée ?
- Monsieur Dave, vous feriez un très mauvais avocat ! Laisser passer autant de temps avant d’interroger des témoins, où vous croyez vous, franchement ?  Mais comme je suis de bonne humeur, je vous répondrai ! »
 
Un grand instant de silence où on l’entend renifler plusieurs fois, visiblement perturbée par quelque chose. Le raclement de gorge de quelqu’un la ramène à la vie et elle reprend, toujours aussi sérieuse – enfin, je crois ?
 
« Eh bien, j’ignore pourquoi, mais les médecins ont semblé énervés par le fait que je léchais les choses pour les voir. Ils m’ont fichues dehors le matin à la première heure, incapables qu’ils sont ! »
 
Un second éclat de rire et ma figure essuyée plus tard, nous rapportons nos plateaux pour ensuite partir en cours.
Terezi qui a léché partout à l’hôpital et qui me léche la gueule pour savoir si c’est moi…
Je sens que cette journée va être longue.
 
***
 
Oui, ce fut une longue journée.
Une de plus.
Je crois que John n’a pas très bien compris pourquoi sitôt le premier cours de la journée commencé, j’ai mis un point d’honneur à le traîner avec moi partout et à rester à plus de 10 mètres de Terezi en toutes circonstances.
 
Il a fallu qu’il m’arrête à la sortie d’un de nos cours, en début d’après-midi, pour m’arracher ce qu’il se passait. Et qu’il me grogne presque dessus, en retour des mes propres grognements.
Quoi ?! Ouais chuis pas de bonne humeur quand je suis crevé, et alors, je vous emmerde !
Enfin bon.
 
« Mais tu vas m’expliquer oui ? Qu’est-ce qu’il se passe avec Terezi, tu as si mal que ça pris qu’elle te lèche ce matin ? Pourtant c’était drôle…
- Roh mais bon sang, c’est vraiment du camembert que t’as à la place du cerveau Egbert, ou bien tu le fais exprès ?! je me suis énervé. A ton avis, Einstein, elle voit avec quoi, Terezi, si elle est aveugle ? »
 
Un petit silence, le temps que son réacteur à air se mette en route et lui fasse cracher de la fumée par les oreilles.
Au moment où il ouvre la bouche, excédé, je soupire.
 
« A ton avis crétin, pourquoi elle renifle et lèche tout le monde ?!
- Ohh ! Avec son nez, donc ?
- Voilà, merci de tes éclairs de génies. Et pour quelle raison ne pourrait-elle plus voir ?
- Euh… »
 
Insérez ici une petite musique d’attente…
 
« Parce qu’elle… ne sent plus rien ?
- Bravooo ! Putain de congratulations, tu viens de gagner un point de QI. Et pourquoi elle ne sent plus rien ?
- Je sais pas, elle a le nez bouché ?
- Exactement, bon sang ! Elle a le nez bouché, donc elle est malade ! Donc si elle lèche quelqu’un, elle lui refile ses microbes ! J’ai déjà eu assez d’une douche ce matin, merci bien j’ai pas envie qu’elle recommence. C’est bon, c’est rentré dans ta tête de poiscaille gonflé à l’hélium ? »
 
Un petit rire et une tape sur ma tête, tandis qu’il me regarde avec tendresse.
Je grogne sourdement sous une caresse de sa main sur ma joue.
 
« Tu sais, t’es pas obligé de toujours te fâcher, me lance-t-il. Mais t’es mignon quand tu vire au rouge de colère, comme ça. »
 
Grmpupf.
 
***
 
On a réussi à éviter Terezi 2 jours de suite, plus ou moins facilement. Bon, faut dire que John semblait moins parano que moi à l’idée de se faire lécher la gueule, allez donc savoir pourquoi. Enfin bon.
Là on attendait la fin du cours – qui ne sera que dans genre, bien dix minutes, mais visiblement cette débile de remplaçante a décidé que ce serait une bonne idée de se barrer pour faire des photocopies et de ne pas revenir.
 
En même temps elle a paru épouvantée de voir que la moitié de notre classe était constituée de trolls… ils avaient pas dû la prévenir, ce matin, au centre de remplacements. Ils font souvent ça, sinon ils galèrent à mort pour trouver quelqu’un pour remplacer, quasiment tous les profs humains se désistant en entendant prononcer le nom de notre race.
Tu m’étonne.
Putains de froussards.
 
Enfin. Résultat des courses, je suis en train de remettre au propre le peu de notes que j’ai pu tirer de ses saloperies de bégaiements incompréhensibles en grognant tout ce qeu je peux, John papote avec Dave, au loin – lui, il souffrira quand viendra l’heure de faire les devoirs, vous pouvez me croire. Ça va être la fiesta à devoir lands, aucun doute sur ça.
Certains d’entre nous ce sont déjà barrés – genre, Equius.  Je crois qu’il a encore un cours après celui là, tir à l’arc, si j’ai bien compris. En fait, je m’en fous, donc bon. Mais il a semblé visiblement très soulagé – niveau : 2 serviettes – de pouvoir partir plus tôt et donc arriver plus tôt là-bas. Peut-être qu’il est en charge du matériel ?
Enfin bon, on s’en branle, quelque part. Surtout moi.
 
Bon bref, du coup, mis à part lui, quelques un de ces putains d’humains se sont barrés aussi, sans doute ont-ils profités de ne pas rester près des trolls tant ils sont flippés ces derniers temps. On est plus qu’une vague dizaine dans la classe.
Et je suis encore en train d’essayer de vainement me concentrer sur le vocabulaire humain – alternian quand je me rend compte qu’une dispute commence à enfler vers le devant de la classe.
Levant vaguement un œil de mon cahier – qui me parait de plus en plus flou, faut que je fasse gaffe à mes yeux, j’crois – j’repère Peixes au premier rang, en train de se prendre la tête avec une autre poiscaille…

 
 
Oh.
Ce connard d’Eridan.
Cet enculé là… j’ai pas de preuves, mais je peux pas me retirer de la tête que ce mec a quelque chose à voir avec toutes ces galères que l’on a à supporter ces derniers temps. Et rien que pour ça, s’il avait pas genre 10 fois plus de force que moi, je lui écraserai bien sa jolie petite tête palmée contre un mur.
Enfin… Je me balance un peu de leurs saloperies d’histoires, même s’ils ont rompu leur moirallegeance, ça les regarde eux, pas moi. Je tente de replonger dans mon cahier avec toujours autant de mal à me concentrer – putain, mais c’est moi ou il fait chaud ? – quand quelque chose me tire par la manche.
 
Je grogne.
On tire.
Je grogne.
On tire.
Je grogne une troisième fois.
La personne qui tire sur ma manche est encore plus insistante.
Je jette un coup d’œil agacé à ce crétin assis à côté de moi, qui me jette des coups d’œil insistants, faisant des gestes de la tête – très peu discrets, au demeurant (demeuré ?) – en direction de ce que je viens de quitter des yeux.
 
« Quoi ?! Putain, mais tu veux pas bosser au lieu de me faire chier ? Ou au moins, me laisser bosser, moi ?!
- Non mais, sérieux, Karkat, regarde, je…
- Tu quoi, hein ?! Fous-leur la paix, un peu, bordel, on s’en balance de leurs histoires ! Si Peixes a rompu avec lui, ça les regarde eux ! De toute façon ce mec est un tel connard que… »
 
Je suis stoppé dans mon argumentation par le coup d’œil que je viens de lancer dans la direction des deux qui s’engueulent. Ça commence à virer au chaud, là, visiblement. Peixes ne veut pas lui parler, c’est clair, mais il insiste.
Ça risque pas de finir en baston générale, ça ?
J’crois qu’il faudrait qu’on interv-
 
« AMPURRRA !! »
 
Tout le monde ou presque sursaute à cette interjection – ouais, le presque est pour le taré, drogué, au fond de la salle, qui rêvasse à ses putains de miracles – sortie tout droit de la bouche de miss meow-je-suis-un-chat. Je lui lance un regard surpris, tandis qu’elle traverse toute la classe pour venir se planter devant poiscaille man.
Putain.
A côté de lui, elle est quand même petite. Pas aussi minuscule que quand son géant de moirail est là, mais… ‘fin elle en impose pas des masses. Pourtant ça l’empêche pas de se planter devant lui, main sur les hanches, les yeux brillants de colère.
Ce qui n’a pas l’air d’impressionner le moins du monde Eridan, qui lui lance sur un ton dédaigneux :
 
« Qu’est-ce qu’il veut, le chaton ? Il a pas eu sa pâtée ? 
- C’est toi qui va me serrvirr de pâtée si tu dégage pas, sale thon ! »
 
Un instant de blanc – je crois qu’elle a touché un point sensible ? Après tout poiscaille man est super à cheval sur son apparence et sa « beauté »… Finalement, il reprend d’une voix encore plus hautaine si c’est possible ;
 
« C’est ça, tu fais la fière, mais sans ton chien de garde, t’es rien, minette. Tu ferais mieux de dégager maintenant avant que je ne t’amoche ton jolis minois…
- Ta gueule, Ampurra ! C’est à toi de dégager, tu vois pas qu’elle veut pas te parrler ?! »
 
Un silence tombe sur la salle.
Les deux se sont figés et s’observent en chien – plutôt chat et poisson – de faïence, et je crois que toute la classe retiens autant que moi son souffle, à se demander qui se sautera à la gorge le premier. On en est presque à faire des paris par télépathie, quand je vois Peixes, toujours assise à côté d’eux, lever la main pour attraper celle de Nepeta. Cette dernière ne bouge pas d’un poil, mais se détend très, très sensiblement. Enfin, la voix douce de miss poisson se fait entendre.
 
« Laisse tomber, Nepeta, d’accord ? Ca va aller, t’inquiète pas. »
 
Un reniflement dédaigneux, et son ex-moirail rejette la tête – et sa cape ridicule – en arrière pour se détourner et quitter la classe d’un pas rageux. Ce con a oublié ses affaires, j’imagine qu’il viendra les rechercher plus tard, quand on sera partis, pour pas se taper la honte.
Un soupir - soulagé ou énervé ? j’arrive pas à le savoir – et Nepeta s’assied à côté de Feferi, grommelant pour elles plusieurs insultes et menaces de morts particulièrement violentes. J’aimerais pas me mettre cette fille à dos, tiens.
 
A côté de moi, John a toujours la bouche ouverte.
Il lui faut bien deux ou trois minutes – pendant lesquelles j’ai profité pour replonger dans mes cahiers d’alternians – afin de se tourner vers moi et de me lancer :
 
« C’… c’était quoi, ça ?
- De la romance noire, mon cher. Ou alors, je ne m’appelle pas Karkat. »
 
***
 
La fin de l’après-midi se passe sans autre incidents. On ne revoit plus Eridan du tout, ni Feferi et Nepeta qui ont sûrement décidé de passer l’aprem ensemble. Après tout, de ce que j’en sais, ce sont de très bonnes copines.
 
Pour ma part, je torture mon moitiesprit avec tout l’alternian qu’il n’a pas fait en cours, en choisissant au lieu de ça de rêvasser bouche ouverte comme un koala. Pour ma part je tente de me concentrer sur mes devoirs de maths, mais impossible de me concentrer dessus, allez savoir pourquoi. J’ai la vision trouble et tellement chaud que ça en devient limite ridicule.
 
Enfin bon, ça doit être qu’ils ont enfin décidé de chauffer correctement tout ça. Faudra que je pense à faire vérifier mes lunettes un de ces quatre, aussi. Saloperie de vision imparfaite, j’t’en donnerai moi.
Le repas se passe dans le calme, en tout cas sans mes cris car je suis trop crevé pour parler, et me concentre plutôt sur le fait de faire arriver la fourchette jusqu’à ma bouche – et pas dans mon oreille. Plutôt crever que de faire les mêmes conneries que Gamzee, tiens. Pas envie qu’on me prenne pour un drogué.
 
Même si putain, hé, elle est dur à manœuvrer cette fourchette. Ils l’ont fait en plomb ou quoi ?!

Je dois être crevé, moi. Faut que je dorme.
C’est sur cette pensée que je me lève a la fin du repas et suis John d’un air un peu endormis, ne pensant qu’à une chose : mon lit. Mon doux et merveilleux lit, aux draps douillets, chauds et confortables.
 
« … at ? Karkat ? Hé oh, Karkat ?! »
 
NHnuuuhunmhuuuh ?
Je tourne un œil à moitié anesthésié par la fatigue vers mon moitiesprit, qui a les sourcils visiblement froncés par l’inquiétude. Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

Gnuh ?
J’imite son expression pour tenter de comprendre pourquoi il tire cette gueule là, mais rien à faire, la lumière ne s’allume pas. Je le vois devenir flou. Putain de mise au point, c’est quoi ce délire ? Je fronce encore un peu plus les sourcils pour y voir plus clair, titube un pas dans sa direction…
 
 

Et m’effondre comme une masse.

Le noir m’englouti avant même que je ne touche le sol. 
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Raichuu

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   12/20/2013, 22:48

[DIX MILLE ANS PLUS TARD]

Il doit bien être dix ou onze heures du matin quand Karkat se réveille dans son (notre ?) lit. Assis à mon bureau, j’ai tout le loisir de l’observer émerger tout en douceur, clignant plusieurs fois des yeux et baillant longuement avant de finalement se redresser en position assise, et là encore il lui faut un moment pour ouvrir totalement les yeux. Il a les cheveux en bataille sur la tête, et les mèches de devant collées au front – par la fièvre ou par le gant humide qu’on lui avait posé dessus, au choix. Quand, enfin, il semble totalement réveillé, il tourne la tête vers moi.

« Il est quelle heure ? » Demande une voix endormie.

Je me tourne vers le radioréveil.

« Onze heures dix.
- … Pourquoi t’es pas encore couché ? »


Il me faut un temps pour comprendre.

« Onze heures du mat’, Karkat.
- Euh… »


J’attends calmement que l’information remonte au cerveau, mais quand une minute s’est écoulée, je laisse tomber, et à la place demande :

« Tu te sens mieux ?
- Hm… Ouais ?
- OK, cool. »


À ces mots et devant son regard totalement confus, je me lève de ma chaise et me plante, debout, face à lui. Et prends une grande inspiration.

« T’es complètement débile ou tu le fais exprès ?!
- Euh… Hein ?
- Tu t’imagines à quel point on se faisait du souci pour toi ? Et puis d’abord, quel genre de personne tombe dans les pommes juste pour un rhume ?! T’es fait en quoi, en guimauve ?! »


Je crois que mes cris sont parvenus à lui faire reprendre au moins partiellement le contrôle sur son cerveau, car il regarde ses mains avant d’en passer une sur son front et de grimacer légèrement – probablement qu’il réalise seulement ce qui lui arrive.

« C’est Gamzee qui t’a porté jusqu’ici, au cas où tu te poserais la question. Il a veillé sur toi toute la soirée, il voulait dormir ici mais je lui ai dit que c’était pas la peine, et qu’il allait choper ton rhume.
- Je suis malade ? »


Sans blague, bravo Sherlock.

« Apparemment t’as attrapé le même truc que Terezi, sauf que ça a dû agir plus fort sur toi. En tout cas Terezi ne s’est pas évanouie. »

Je le vois qui fronce un peu les sourcils, comme s’il ne comprenait pas encore tout à fait la situation.

« T’es en colère, là ?
- Bien sûr que je suis en colère ! Espèce d’idiot, qu’est-ce qui t’a pris d’aller en cours alors que t’es malade ? Et sans rien nous dire ! T’aurais au moins pu m’en parler ! »


Karkat se masse un peu les tempes avant de répondre, l’air toujours dans les vapes :

« Euh… Je m’étais pas rendu compte…
- Forcément, t’es tout le temps à prendre sur toi quand tu te sens pas bien ! Apprends à compter un peu sur les autres, bon sang !
- T’étais… inquiet ?
- OUI ! »


Je hurle presque, mais il m’énerve aussi !

« Uh… Désolé. »





Je pousse un long soupir.

Comment vous voulez que je reste fâché plus de deux minutes contre ça ? Moi qui avais préparé tout un discours dans l’espoir de le faire réagir un peu…
Sans rien ajouter, je vais m’asseoir à côté de lui, et il se déplace un peu plus contre le mur pour me laisser plus de place.


« Tu te sens comment ? Je demande en posant une main sur son front – outch, chaud.
- Comme si je venais de passer les dernières heures dans une machine à laver, puis à me faire essorer violemment et accrocher à une corde à linge en acier trempé au-dessus du cratère d’un volcan en éruption.
- OK, pas bien, donc.
- Ouais, sans blague… »


Il soupire et je laisse glisser ma main le long de sa joue, dégageant quelques mèches de cheveux qui lui tombaient un peu trop sur le visage. Je crois voir ses pommettes prendre une teinte un peu plus foncée, mais ça pourrait tout aussi bien être sous le coup de la fièvre.

« Tu veux prendre une douche ?
- Je sais pas si j’arriverai à marcher jusque là-b—
- Je la prendrai avec toi.
- OK. »


Il répond tellement rapidement que je ne peux pas m’empêcher de rire. Je lui tiens le bras pour l’aider à se relever, mais à peine redressé sur ses genoux il s’effondre à nouveau et je dois le retenir pour ne pas qu’il se cogne la tête contre le mur.

« Ouah, attention ! Euh, tu devrais peut-être rester allongé un moment, hein ? »

Je l’aide à se recoucher et, pendant qu’il marmonne diverses insultes probablement destinées à toutes choses sur cette Terre, je vais jusqu’à la salle de bain pour mouiller un gant de toilette à l’eau tiède et avec lequel je reviens jusqu’à lui. Délicatement, je le passe sur son visage pour en essuyer la sueur. Il ferme les yeux, l’air détendu, mais quand j’ai terminé et que je laisse le gant sur son front, il me jette un regard un peu gêné.

« T’es pas obligé de t’occuper de moi, je vais survivre.
- Chut. T’es malade, alors tu te tais et tu me laisses faire.
- Quoi, parce que je suis malade j’ai plus le droit de donner mon avis ?
- C’est exactement ça, ce sont précisément les règles concernant les personnes malades. T’étais pas au courant ?
- Arrête de te foutre de moi.
- Je suis sérieux, Karkat, c’est la loi. »


Il essaye de me pousser avec sa main mais il n’a tellement pas de force qu’il n’arrive qu’à la poser délicatement sur mon épaule, et j’en rirais presque si ce n’était pas si pitoyable.

« Plus sérieusement, je m’occupe de toi parce que j’en ai envie, d’accord ? C’est pas une chose normale entre moitiesprits ? »

Karkat me regarde comme si je venais de dire quelque chose de bizarre.

« Quoi ?
- T’as réussi à prononcer ce mot sans l’écorcher, bravo. Ça fait un quadrant sur quatre, on va finir par y arriver.
- Hé ! Je connais les autres. Moirail, kismesis, et auspistie.
- Auspistice.
- … J’y étais presque.
- Ouais, bof. Ta prononciation est à revoir aussi. »


Je roule des yeux, et Karkat ferme les siens l’espace d’un instant. Je suis quand même content qu’il se soit réveillé – pour de vrai, je veux dire, pas juste marmonner des trucs incompréhensibles ou incohérents comme il l’a fait toute la nuit. Mais bon, je vais éviter de l’embêter avec ça, ou le fait que j’ai pratiquement pas fermé l’œil cette nuit. Pas envie non plus qu’il se sente coupable ; ça lui arrive déjà bien assez souvent.

Un instant, je me demande s’il ne s’est pas rendormi, mais quand mon portable vibre sur le bureau je le vois qui ouvre un œil. J’attrape mon téléphone et un petit sourire s’étire sur mes lèvres en lisant.

« C’est Kanaya, je dis tandis que Karkat lève un sourcil. Elle t’a préparé un truc à manger, elle sera là dans un peu moins d’une demi-heure.
- De quoi elle se mêle…
- Arrête de te plaindre, je sais qu’en fait t’es super content.
- Ta gueule. En plus j’ai pas faim.
- Ça c’est pas mon problème, haha. »


Il ouvre la bouche mais la referme rapidement, j’imagine trop fatigué pour réfléchir à quoi répondre. Il a l’air de trembler un peu, malgré qu’il soit brûlant, et je me pousse un moment du lit pour lui remettre les deux couvertures dessus – j’ai été chercher celle du lit d’à côté pendant la nuit, puisqu’il arrêtait pas de grelotter. J’en profite pour m’allonger un moment à côté de lui, passant mes bras autour de lui comme je le peux pour essayer de le réchauffer.

« Je vais te filer mon rhume.
- Dans ce cas ce sera à toi de t’occuper de moi, héhé. »


Il soupire, mais ne fait rien pour se dégager, se glissant juste un peu plus sous les couettes jusqu’à se cacher une partie du visage.

« Hm, je vais te laisser dormir encore un peu, hein ? Je te réveillerai quand Kanaya sera là. »

Je vais pour me lever mais il m’arrête d’un faible grognement.

« T’as pas intérêt à bouger de là.
- Je croyais que tu voulais pas me filer ton rhume !
- T’as dit que tu t’en foutais, alors t’assumes. Arrête de remuer et reste là, tu me tiens chaud.
- D’accord, d’accord, je dis en riant. Mais pas longtemps, Kanaya va pas tarder et faut que j’aille prendre une douche. »


Je l’entends qui grommelle quelque chose à ces mots et je ne peux pas m’empêcher de rire.

« Promis, dès que tu vas mieux, on la prendra cette douche ensemble.
- T’as pas intérêt à regretter tes paroles quand j’aurai éclaté la tronche à ce connard de virus.
- Haha, t’inquiète. »


Je ferme les yeux, juste quelques secondes pour les reposer un peu. De toute façon, je suis pas dans une position idéale pour m’endormir là, et puis au pire c’est pas si grave.

« Guéris vite, OK ? »

Un vague « mouais, ta gueule » moitié endormi, moitié gêné me répond et je me mords la lèvre pour ne pas rire une fois de plus.  
 
---
 
Finalement, je suis pas tombé malade. Ça fait trois jours maintenant depuis qu’il s’est effondré ; on est lundi et j’ai dû le laisser tout seul pour aller en cours. Quand j’y pense, personne à part Karkat n’a attrapé le truc de Terezi. Même elle, à part avoir le nez bouché pendant deux jours, elle était pas si malade que ça. J’me demande si c’était pas que Karkat était déjà crevé avant de choper le virus. C’est vrai qu’il est arrivé tellement de trucs dernièrement, même moi je commence à être un peu épuisé.

Quand je pense que ma première année de lycée, il ne s’était quasiment rien passé du tout. On était dans un lycée pour humains, avec des profs qui donnaient des devoirs et les élèves qui traînaient ensemble après les cours, et… C’est tout ? Y’avait des fois quelques histoires, des jalousies entre filles ou des bagarres entre mecs, mais jamais rien n’allait jusqu’à faire tomber quelqu’un d’un toit ou s’acharner contre un élève.

En fait, c’est presque choquant le nombre de trucs qui nous est arrivé cette année. Le plus choquant du lot, ça doit quand même être que je tombe amoureux d’un troll, haha. C’est le genre de truc dont j’aurais plaisanté avec Dave à l’époque, pour rigoler, mais jamais j’aurais cru que ça m’arriverait vraiment. Oh, et ma moyenne qui a remonté, ça aussi, je crois que ça tient du miracle.


L’après-midi, Karkat a l’air d’aller un peu mieux et insiste pour me suivre en cours, et pour aller à la bibliothèque après pour rattraper les cours du matin. Vu qu’on n’a presque rien fait et que ça ne prendra pas plus d’une demi-heure, j’accepte à la condition qu’il me promette de me le dire s’il se sent mal. Il m’a répondu que c’était pas la peine que je m’inquiète parce que « je suis pas un humain faiblard à qui il faut une putain de semaine pour se remettre d’un virus débile », ce à quoi j’ai répondu que « moi au moins je suis jamais tombé dans les pommes pour un simple rhume », et la conversation s’est finie sur un « ta gueule » et un éclat de rire – et peut-être un baiser volé quand le couloir s’est vidé, mais ça je le garderai pour moi.

Mais après ça on sort de la bibliothèque et c’est là que les choses dégénèrent. Ou plutôt, quand on arrive dans le couloir qui mène aux dortoirs et qu’on se retrouve bloqués par une foule d’élèves agités. Je regarde Karkat qui secoue la tête négativement, aussi confus que moi visiblement, et je commence à pousser quelques élèves pour passer et voir ce qui a provoqué cet attroupement.

C’est quand on les dépasse que je réalise de quoi il s’agit : une bagarre, entre trois élèves apparemment. Deux sont par terre, des trolls plutôt costauds, l’un adossé au mur qui a l’air plutôt sonné, l’autre à genoux, retenu par le col par la troisième personne – humain. Ce dernier assène un dernier coup de poing au troll qui tombe alors au sol, et l’humain passe une main dans ses cheveux pour les dégager de son visage. Et il se retourne vers nous.

Et alors je réalise que je le connais.

« D- Dave ?! »

J’accours vers mon meilleur ami, Karkat derrière moi. Les vêtements de Dave sont froissés et un petit filet de sang coule du coin de sa lèvre, qu’il essuie avec une main vaguement tachée de sang violet.

« Yo.
- Comment ça, yo ?! Qu’est-ce qui s’est passé ?
- J’aimerais bien le savoir, bro, à moins que ce soit devenu un truc normal que deux mecs que j’ai jamais vus de ma vie se jettent sur moi comme des clébards après un morceau de viande. Je veux dire, hé, je sais que je suis sexy et que c’est parfois dur de ne pas être jaloux de ce corps de rêve, mais… »


Il s’arrête de parler quand Karkat attrape le col du type adossé au mur et le secoue un peu jusqu’à le réveiller totalement.

« Qui vous a envoyé ? Demande-t-il dans un grognement. Et tu ferais mieux de te répondre vite, connard, je suis pas de très bonne humeur, là.
- C- C’est bon, je vais parler ! C’est Ampora qui nous a payés, mais il a jamais précisé que cet humain serait aussi fort ! »


Karkat le lâche sans lui prêter plus aucune attention et essuie sa main sur son jean avant de revenir vers nous.

« Tu leur as fait quoi, au juste, pour qu’ils lâchent le morceau aussi facilement ? Demande-t-il à Dave, l’air déjà plus calme.
- J’pensais avoir retenu mes coups, répond le blond avec un pseudo-sourire.
- Je suis content que t’aies rien, je dis, mais cette fois Eridan a dépassé les bornes. »


Je serre mes poings. Cette fois c’est clair, ça peut plus continuer comme ça !

« Je veux dire, qu’est-ce qu’il compte faire, ensuite ? S’en prendre à Rose, ou Jade ? On peut pas le laisser continuer ! Maintenant on a la preuve que c’est lui !
- Je suis d’accord, dit Karkat. Cet enfoiré d’Ampora doit pas s’en tirer comme ça. »


Je m’apprête à répondre, mais la foule un peu dissipée maintenant que la bagarre est terminée, j’aperçois Terezi et Gamzee qui viennent visiblement juste d’arriver.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici, je sens une odeur d’adrénaline et de framboise ! S’exclame Terezi. Karkat, je t’ai bien entendu prononcer le nom d’Ampora ?
- Eridan a payé deux types pour s’en prendre à Dave ! Je réponds.
- Comment ?! Cela ne restera pas impuni ! Au nom de la Justice, il paiera pour son crime !
- Gamzee ? »


Je me tourne vers Karkat qui vient de parler, puis vers l’interpellé, et c’est seulement là que je remarque que lui et Dave se fixent en silence, sans montrer aucune expression mais sans lâcher l’autre des yeux.

« Euh… ? »

Je n’ai pas le temps de demander ce qu’il se passe que Gamzee a déjà fait demi-tour. Je le regarde partir, confus, et jette un regard interrogatif à mon meilleur ami, qui se contente de croiser les bras en haussant légèrement les épaules, pas prêt de me répondre de toute évidence. Je regarde ensuite Karkat qui a un regard entre l’incompréhension et… de l’appréhension ?

« Karkat ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Il a l’air surpris par ma voix mais aussitôt secoue la tête, même si son air préoccupé ne le quitte pas.

« Euh, rien. C’est rien. Je crois. »

Il semble réfléchir un instant avant de rajouter, plus pour lui-même j’ai l’impression :

« J’espère. »

Je les regarde, lui et Dave, et Terezi qui hume l’air comme un chien renifleur de drogue, mais rapidement deux professeurs et un surveillant arrivent et nous passons le reste de l’après-midi à devoir expliquer ce qui s’est passé. 
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Plumy

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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   12/23/2013, 02:34

[C'est pas grave c'est pour ça qu'on t'aime <3]

Au final, la soirée s’est plutôt bien finie. Enfin…
Je sais pas trop. Cette histoire de combat m’a un peu fait flipper. John a raison. Après Dave, à qui ce connard va-t-il encore s’attaquer ? Les filles ? Bon, de mon côté de la race ça serait pas bien inquiétant, Terezi fait peur quand elle s’énerve, pareil pour Nepeta avec ses griffes ou Aradia – il suffirait de demander à Sollux. Mais du côté de John… Rose et Jade m’ont l’air super fragiles quand même, et j’ai un peu peur de comment réagirait John s’il arrivait quelque chose à Lalonde ou à sa sœur…
 
Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. Loin de là.
Au contraire.
La chose la plus flippante est plutôt de notre côté du camp. J’ai croisé ses yeux cet après-midi et j’ai bien cru qu’il allait falloir que j’intervienne directement. Finalement ça n’a pas été le cas mais ça ne me rassure pas, il ne me semblait pas vraiment calmé, à peine… interloqué que je lui ai parlé à ce moment là.
 
Après tout ce remue ménage et le bordel créé par les profs, on a fini par aller tous manger un bout à la cafétéria – Strider et Gamzee n’étaient pas là, pour le coup, Jegus sait ce qu’ils peuvent bien foutre – et puis on est tous repartis chacun de notre côté dans nos chambres respectives. Et après ça, il a été question d’une douche et de beaucoup, beaucoup de temps passé dans notre lit. Bref, que du bonheur. 
 
Là on est en maths. En fait, on est plus en train d’attendre la fin du cours de maths qu’autre chose, je dois bien l’avouer. Il faut dire qu’après tout ce qui s’est passé hier l’ambiance est encore très électrique, et je suis quelque part bien content que ce connard d’Ampora ne soit pas là, sinon je me demande bien ce qu’il aurait pu se passer.
Quelque chose impliquant du sang violet, au moins. Quelque chose qui ne me dit rien qui vaille. Mais pour l’instant, il n’est pas là et mon abruti de moirail a l’air de se tenir correctement, donc je m’autorise un peu à me détendre.
 
Juste un peu. Au cas où.
John, a côté de moi, a moins l’air d’un rat au cerveau desséché que d’habitude. Il a même l’air … presque aussi alerte que moi. Je me demande à quoi il pense. Probablement que ce qui s’est passé hier le touche autant que moi. Ça ne m’étonnerait pas, en tout cas.
Lorsque la sonnerie marquant la fin des cours résonne, il ne nous faut qu’à peu près 10 secondes top chrono pour tous empaqueter nos affaires et sortir de la classe, sous les yeux médusés du prof de math. Si ses cours étaient pas aussi chiant, j’aurais presque pitié de lui, tiens.
 
On se retrouve tous à la cafétéria pour manger un morceau, l’ambiance autour de nous toujours aussi électrique. Il faut dire que depuis plusieurs semaines, nous restons le dernier bastion, la dernière table ou les roses et les gris se mélangent, et ça dépote un peu au sein de notre cafétéria, qui semble transformée en véritable champ de bataille figé dans l’attente du moment ou tout explosera. 
Mais tout n’explosera pas.
 
Je suis vaguement interrompu dans mes pensées par Dave et Gamzee qui se relèvent et quittent silencieusement la table, leurs plateaux dans les mains, à peine entamés. Je mâchouille pensivement mon bout de steak en les regardant s’éloigner, et m’apprête à replonger silencieusement dans mes pensées tandis qu’ils quittent la pièce par les portes sur notre gauche.
 
Je n’ai même pas le temps de songer une minute qu’un boucan hors du commun qui nous parvient de l’endroit où ils viennent juste de disparaître nous fait tous sursauter.
Sourcils froncés et cœur battant, je mets une seconde à peine à me rendre compte que je me suis déjà extirpé de ma chaise et qu’à côté de moi, John a fait pareil. En deux temps, trois mouvements, nous sommes au moins cinq à nous expulser à toute vitesse du self pour atterrir dans le couloir, où l’on découvre une scène pour le moins… apocalyptique.
 
Bon, ok, j’exagère !
Mais c’est pas loin.
Je découvre mon moirail, quelques pas devants moi, tous ses muscles tendus par la rage, qui fixe sans mot dire cette saleté de face-de-thon, étalé contre un mur. J’ai pas trop compris, mais à ce que je peux en voir, il a dû le croiser en sortant du self et n’a pas résisté à l’envie… de lui dire bonjour.
À sa manière.
 
Dave n’est pas très loin de lui, avec un air de merlan frit pas frais peint sur le visage tellement il a l’air étonné de ce qu’il se passe. Je repère quelques têtes connues dans la foule, mais bien vite me concentre à nouveau sur mon moirail, qui vient de lâcher un grondement… pour le moins effrayant.
Vraiment effrayant.
Je sens mon sang se glacer à l’intérieur de mes veines tandis que je le vois faire un pas en direction de tronche de poiscaille. Là, c’est sûr, on est tous dans la merde. Cet épisode me rappelle quelque chose qui me fait un peu trop peur pour vouloir être sûr de le revivre, même en souvenirs.
J’aime pas ça. Vraiment.
 
Avant que quiconque n’ait pu faire un pas, Gamzee a déjà avancé de trois. J’ai l’impression qu’on va bientôt avoir droit à une peinture gratuite des murs en violet, et cette idée ne me réjouit pas beaucoup. J’esquisse un pas en direction de cet abruti de moirail quand un mouvement bleu et vert s’interpose entre mon crétin de meilleur ami et sa (future ?) victime.
Un mouvement qui feule.
 
Nepeta.
Qu’est-ce que… ?
 
« Gamzee !! Je te déconseille de fairrre un pas de plus ! »
 
Un instant de silence fige toute la scène – si bien qu’un peintre passant par là pourrait aisément faire un tableau sans problème, vu comme on s’est tous transformés en statues. Un instant seulement, et puis je vois dans le regard de mon meilleur ami, légèrement tourné vers moi, une flamme s’allumer. Une étincelle qui fait frissonner de peur et mon échine, et celle de notre amie aux tendances félines.
Il tend une main vers elle, et je suis sûr, tout à coup, qu’au violet viendront se mêler des teintes olives, si rien ne s’interpose entre eux très vite.
 
« Dégage.
- Non. S’il y a quelqu’un ici qui peut lui casser les dents, ce n’est en tout cas pas toi ! »
 
J’aperçois le poing de Gamzee se refermer, se serrer au point que ses jointures blanchissent sur sa peau blanche. Je sais ce qu’il va se passer, et un sentiment d’horreur m’envahit. Le sentiment que quoi qu’il se passe, je ne serais pas assez rapide pour l’empêcher de faire quoi que ce soit. Je suis encore trop loin, il me manque un pas, deux, trois…
Avant d’avoir eu le temps de penser trois mots de plus, une seconde silhouette bouge.
 
Pardon, elle ne bouge pas.
Elle se jette littéralement sur mon moirail. Il ne me faut qu’un coup d’œil pour le reconnaître. Dave a tenté de le retenir. La suite se passe trop vite pour que je comprenne vraiment, mais j’en profite pour me déplacer en même temps. Tandis que j’avance et comble cet espace qui me sépare de cette grande carcasse pleine de débilité qu’est mon meilleur ami, ce dernier a achevé le geste destiné à Nepeta sur Dave, et lui a écrasé son poing en pleine figure.
Aïe. J’aurais pas aimé me prendre ça. Je n’entends aucun bruit d’os craquer, mais Dave finit par terre sans avoir le temps de dire ouf.
 
Mais je n’ai pas le temps de me soucier de lui. À peine Gamzee a-t-il eu le temps d’achever son coup qu’il se tourne pour continuer son œuvre de destruction, la lueur de folie brillant tout à fait maintenant au sein de ses yeux sombres.
Sauf qu’il rencontre mes yeux sur le chemin, mon corps placé désormais entre le sien et ceux de Nepeta et d’Eridan. Ça ne me plait pas de devoir défendre cet immonde connard, mais si je ne le fais pas, il y aura du sang. Beaucoup trop de sang.
Doucement, je lève la main pour la poser sur le bras de mon moirail. J’ai le cœur serré d’appréhension. Je sais que jusqu’ici, ça a toujours marché. Mais… et si cette fois non ? Si cette fois, tout se passait autrement ? Je ne donnerais pas cher de ma peau si c’était le cas…
 
Ignorant du mieux que je le peux les grognements de mon moirail, je laisse un doux chuchotis sortir de ma gorge, tapote doucement son bras, glisse ma seconde main dans sa foutue chevelure pleine de nœuds et gratte doucement son cuir chevelu.
Aujourd’hui encore, je ne peux m’empêcher de m’étonner de cette réaction qu’il a toujours. De cette surprise, cette incompréhension de voir quelqu’un réagir ainsi à ses accès de violence, ses cris de rage. Mais ça a pourtant toujours été comme ça. Comment pourrait-on répondre par la violence à un troll qui pourrait vous briser la nuque comme une brindille ? Il faudrait être fou pour essayer.
 
Et encore plus fou pour vouloir le calmer en chuchotant et en le câlinant.
Pourtant, c’est ce qui marche.
Au bout de quelques interminables minutes remplies de shooshpap – comme Aradia s’est plu à les appeler la première fois qu’elle a assisté à ça – de grognements et de tension, je sens enfin mon meilleur ami se calmer. J’ai fini par le prendre dans mes bras pour le calmer totalement, et je suis donc en train de lui faire un énorme câlin au beau milieu des couloirs sous des tonnes d’yeux abasourdis.
Ce crétin me payera ça. Très cher.
 
Quand je suis enfin sûr qu’il ne se remettra plus dans un tel état, je le lâche doucement. Il me fixe sans mot dire, son éternel air de drogué qui me rassure tant de nouveau scotché sur son visage. Je souris et lui tapote doucement la joue avant de m’éloigner et de jeter un regard à l’assemblée, puis à Nepeta – qui ne bouge plus – et Eridan – qui pour le coup ressemble vraiment à un poisson pané.
Je suis sûr le point de dire un truc – ouais, ok, de leur hurler tous sur la gueule. La ferme. – quand quelque chose d’à peu près aussi inattendu qu’un éléphant pouvant se glisser dans une canette survient.
 
Strider, sorti on ne sait pas d’où – il devait être resté assommé dans un coin, inutile comme il est, comme d’hab – surgit tout à coup, me dépasse et fonce comme un bolide sur Gamzee. Je n’ai même pas le temps d’ouvrir la bouche que je le vois fermer le poing, prendre de l’élan et l’abattre dans un formidable cri de rage sur mon moirail, qui n’a pas l’air de comprendre ce qui vient de lui tomber sur la tête.
Et, aussi vite qu’il est arrivé, il repart d’un pas visiblement furieux en direction des dortoirs sans rien dire. Je jette un coup d’œil à John, qui n’a pas bougé d’un iota depuis le début de tout ce bazar, et lui lance un regard circonspect, mais il ne peut qu’hausser les épaules dans un simulacre de « Désolé, j’ai pas compris non plus. »
 
Quelques instants après, mon moirail s’est à son tour enfoncé dans les couloirs menant aux dortoirs, nous abandonnant sur ce que Terezi appellerait très volontiers la « scène du crime ». J’observe tous les badauds qui se pressent en cercle assez large autour de nous avec des yeux curieux, et pousse un profond soupir agacé. Un léger tic nerveux de ma paupière plus tard, je suis en train de leur démontrer ma formidable capacité pulmonaire.
 
« NOM DE DIEU DE BORDEL DE MERDE MAIS VOUS ALLEZ RESTER PLANTÉS LÀ LONGTEMPS OU VOUS VOULEZ BIEN DECAMPER ?! PUTAIN ALLEZ, DÉGAGEZ MERDE, Y A RIEN A VOIR ! À MOINS QUE VOUS VOULIEZ QUE JE FASSE DE L’ARC-EN-CIEL SUR LES MURS ?! NAN ?! ALORS DÉGAGEZ BANDES DE MOLLUSQUES À ROULETTES ! »
 
Quelques autres cris plus tard, il ne reste que les personnes qui sont concernées directement par cette affaire – à savoir John, Nepeta, Eridan, quelques autres de notre groupe et moi. Poussant un soupir, je me masse une tempe d’un doigt en me tournant vers l’homme-poisson, toujours à terre. Je lui hurlerais bien dessus pendant quelques heures, mais… bon sang, j’ai plus le courage là, c’est tellement chiant toute cette histoire.
 
« T’as compris ce qui t’attends si tu tente encore de t’en prendre à nous ? Les humains ne sont pas faibles, putain, ils sont certainement bien plus forts que toi sur bien des plans, raclure de poiscaille. Et… »
 
Je le vois ouvrir la bouche, mais tend la main, les sourcils froncés.
 
« Bordel, ta gueule !  J’ai pas fini. Si t’as un problème, merde, tu peux pas simplement venir nous en parler au lieu d’engager la moitié de l’école pour tenter de nous écorcher vif ?! Merde, être civilisé, on t’a pas appris ?!
- Mais je…
- TA GUEULE J’AI DIS !  Sérieux la prochaine fois que tu tentes de t’en prendre à l’un d’entre nous je ne retiendrai pas Gamzee, compte sur moi pour ça. Alors bordel viens plutôt nous en parler au lieu de faire chier tout le monde, merde ! »
 
Je m’arrête un instant, prenant le temps de souffler un peu, sinon je sens que je vais faire une crise d’asthme à force de lui gueuler dessus. Non mais, c’est vrai quoi, il m’énerve ce con à faire des conneries juste sous prétexte qu’il a pas de putain de moirail. Non de dieu !
Je vois Nepeta se diriger vers lui et lui attraper le bras sans douceur pour le relever. Tandis qu’il se met debout, je l’entends grogner sur lui – presque feuler.
 
« Putain t’es vraiment pas possible hein, espèce de thon sans cervelle !
- Ta gueule bordel, j’ai pas besoin de toi ! »
 
Il a craché la dernière phrase en se dégageant de la poigne de Nepeta, qui se contente de cracher quelques mots que je ne préfère pas répéter – bon, y a une limite à la grossièrté, quoi, quand même ! – avant de s’éloigner d’un pas vif.
Maintenant debout, Eridan semble vouloir s’en aller mais je lui bloque toute tentative d’échappatoire en me plaçant entre lui et la sortie. Il a l’air pas mal énervé mais je n’y prête pas attention et reprends la parole, sourcils froncés.
 
« De toute façon, je poursuis comme si je ne m’étais jamais arrêté, si t’avais vraiment voulu faire du mal ou faire dégager les humains, t’aurais fait bien pire, n’est-ce pas ? Alors bordel, arrête tes conneries maintenant, t’en as bien assez fait comme ça. Si t’es trop stressé, chais pas, pète un coup ou viens me voir, mais arrêtes tes conneries parce que sérieux ça soule tout le monde ! »
 
Je m’apprête à continuer pour encore un moment – il le mérite après tout, merde ! – mais il me coupe en levant la main, une grimace sur le visage.
 
« C’est bon putain, j’ai compris, la ferme ! C’est pas toi qui va me faire la morale à propos de faire des conneries, merde, hein ! T’es pas mon leader, connard. De toute façon vous êtes vraiment tous des cinglés, chais même pas pourquoi je me suis intéressé à vos putains de vies de minables. Surtout ce taré de clown et son putain de kismesis humain là, comme si un couple entre les deux races étaient pas assez zarbis… »
 
Il marmonne encore deux trois choses sans que j’arrive à les comprendre, puis tout à coup, relève fièrement le menton, attrape un bout de sa cape et le rabat théâtralement sur son épaule, nous lançant à moi et mon moitiesprit un regard hautain – absolument ridicule ! – et se retournant, il s’éloigne d’un pas digne et altier.
Bon ok, en marchant un peu de travers et c’est totalement ridicule. J’ai du mal à ne pas rire, et j’entends mon moitiesprit pouffer derrière moi, mais ne relève pas. Posant une main sur son épaule, je soupire et l’entraîne en direction des dortoirs près de notre chambre, avec l’espoir qu’on pourra y être un peu tranquille pour que je puisse y roupiller pendant deux siècles.
 
***
 
Au final, on ne sera pas retournés à notre chambre seuls. Je me suis plutôt rendu compte que la moitié de ce putain de lycée semblait avoir voulu tenir dans notre chambre – non, ok, juste au moins une dizaine de personne dont la frangine de John, Lalonde, Kanaya, Aradia, Sollux… bref, que du beau monde. Encore une fois.
Je sais pas comment on en est arrivés là, mais au moment où ils sont partis, on avait décidé de tous se rendre dans la chambre de Rose et Kanaya dans la soirée pour fêter le fait que tout ça soit réglé…
 
Et juste avant de partir, cette foutue Lalonde nous a lancé que comme Gamzee et Dave ne s’étaient pas joints à nous, faudrait qu’on aille les chercher.
D’ailleurs c’était vrai qu’on avait pas vu ces deux là depuis le coup de poing échangé tout à l’heure, je me demandais bien ce qu’ils foutaient.
 
« Bon John, on y va ?! On va encore se faire traiter de larves si on se grouille pas un peu, putain… ! 
- Oui, oui, j’arrive ! »
 
Ouais tu parles, ça fait dix minutes qu’il dit ça…
Il m’entend certainement grogner car quand il sort enfin de la salle de bain, habillé et les cheveux encore un peu humides, il me gratifie d’un bisou sur la joue pour se faire pardonner.
Humpf. Comme si ça pouvait marcher.

Oui ok, ça marche. Vos gueules !
 
On prend donc le chemin de la chambre de Gamzee pour aller le chercher, puis retourner voir Strider avant de rejoindre la fête. Je me demande dans quel état il sera, celui-là…
Arrivés devant la porte, je toque doucement à cette dernière, m’attendant à une réponse de mon moirail. Pas un mot, pas un « yeeeah » de drogué comme j’en entends habituellement. Bizarre. Fronçant les sourcils, je tape une seconde fois.
Une troisième.
 
Hé, c’est quoi ce délire ?
Attrapant la poignée, je lance d’une voix un peu forte tandis que j’ouvre la porte – on sait jamais, il est peut-être sous la douche…
 
« Hey, Gamzee bordel, tu… »
 
Ok.
Euh.
Qu’est-ce que je regarde, là ?!
Mon esprit bloque totalement, mais le côté totalement pragmatique de mon cerveau se fait un plaisir de répondre à mes interrogations en utilisant mes yeux pour scruter la scène. Gamzee n’est pas seul dans sa chambre. Dave est là aussi, coincé entre mon moirail et un mur, ses mains en train de griffer son dos nu tandis que mon ami troll fait des… choses dans son cou.
 

Je referme délicatement la porte, poussant un soupir.
Tournant les yeux, je croise le regard choqué de John, et secoue la tête.
 
« Tu sais quoi ? J’ai rien vu. T’as rien vu. On a rien vu. Et on va les laisser tranquilles.
- Ça me va. Direction la fête ?
- Ouais. »
 
***
 
La fête sera assez… surprenante à bien des égards. Déjà, on a pas eu d’alcool, ce soir, c’est pour ainsi dire du progrès de ne pas avoir à supporter John ou sa putain de frangine quand ils sont bourrés et ont les mains baladeuses.
Ensuite, Nepeta était là avec son moirail, et miracle, certains gobelets n’avaient pas été réduis en bouillie ! Comme quoi, il peut parfois apprendre à gérer sa force… !
 
Enfin, invité surprise de la soirée, nous avons vu débarquer Tavros qui tirait légèrement par le bras une Vriska plus que réticente, qui ne cessait de répéter qu’on ne voudrait jamais la voir ici.
À son grand étonnement, si, en fait. Enfin perso je lui ai pas parlé, mais personne ne lui a craché à la figure, et mis à part un léger moment de flottement avec Kanaya avant que celle-ci ne lui propose avec toute la classe qui la caractérise un verre de thé froid au citron, tout a été parfaitement sur des roulettes, sans anicroches.
 
Le dos appuyé contre le mur, John assis à mes côtés, j’observe sereinement tous mes potes réunis dans cette petite chambre, qu’ils soient trolls ou humains – enfin, presque. On oubliera les deux planqués dans leur chambre. Comment j’ai pas pu voir ça, sérieux ?! Enfin bref. Sollux et Aradia sont en train de rire avec Jade de je ne sais quelle histoire. Nepeta et Equius partagent une discussion animée avec Terezi. Un peu plus loin, je vois Kanaya, Vriska et Rose en train de rigoler doucement. Ça me fait bizarre de les voir s’entendre à nouveau.
 
De visage en visage, mon regard migre jusqu’à enfin atterrir dans l’océan bleu qui caractérise les yeux de mon moitiesprit. Celui-ci me sourit doucement.
 
« À quoi tu penses, dis ? T’as l’air pensif.
- Rien… je suis juste content que cette putain d’histoire soit finie. On va enfin pouvoir se concentrer sur des choses un peu plus importantes.
- Comme… ? »
 
Il a un regard plein d’espoir. Que je me fais un plaisir d’écorcher.
 
« Comme cette épreuve d’alternian qui nous attend dans deux semaines. »
 
Un instant de déception dans ses yeux, un sourire carnassier sur mes lèvres – puis un rire qui danse dans sa voix.
 
« Tu es un vrai bourreau de travail, Karkat ! Tu ne t’arrêtes jamais ?
- Jamais. Il faut bien que l’un de nous deux s’assure que tu réussisses à faire ce que tu veux dans la vie. 
- Ce que je veux dans la vie hein… oui tu n’as pas tort.
- D’ailleurs, tu veux faire quoi en fait ?
- Euh, c’est une bonne question… »
 
Il se tait un instant, semble réfléchir, pose la tête contre mon épaule pour mieux s’installer. Je l’entends marmonner un peu, reprendre la parole…
 
« Ce que je veux faire… »
 
Il ne termine pas sa phrase, marmonne encore un peu, puis redevient silencieux. Je finis par baisser les yeux quand je me rends compte qu’il ne parle plus depuis un peu trop longtemps, et soupire.
Évidemment. Il s’est endormi.
 
Grand crétin.
Posant ma joue contre le haut de son crâne, je laisse un vague sourire courir sur mes lèvres.
Bah, si ça n’était pas un crétin, ce ne serait pas pareil.
Respirant sereinement, je ferme à mon tour les yeux.
 
 

Le lendemain matin, ni Karkat ni John ne purent se rappeler comment ils avaient rejoint leur lit. À vrai dire, même des années après, Karkat n’ose toujours pas y penser. 
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MessageSujet: Re: Curiosity killed the Karkat - Homestuck   1/1/2014, 16:09

La sonnerie marquant la fin des cours retentit, rapidement suivie par les cris d’élèves et les bruits de pas dans le couloir. Ça, au moins, ça n’a pas changé. Probablement que ça ne changera jamais.
Ce qui a changé, en revanche, c’est que maintenant on ne peut plus discerner les éclats de rires des humains de ceux des trolls, mêlés presque harmonieusement et audibles à chaque sortie de cours. C’est un peu marrant, à bien y penser, de voir comme les choses finissent par s’arranger d’elles-mêmes. Je pense qu’il suffisait de pas grand-chose pour que nos deux espèces apprennent à se connaître.
Et le mieux, dans tout ça ? C’est qu’on n’est plus le seul lycée mixte, maintenant. Quand ils ont vu que les choses ne se passaient pas si mal, beaucoup d’autres établissements ont suivi. Y’avait toujours des incidents au début, mais cette fois ce n’était plus quelque chose de nouveau face à quoi personne ne savait comment réagir. Il y a eu plusieurs échanges d’élèves qui ont bien aidé, aussi. Ça fait plutôt plaisir à voir. Maintenant, on a presque l’impression que trolls et humains ont toujours cohabité en paix. Comme si le temps où les trolls attendaient avant d’entrer dans la salle de classe était loin derrière nous, comme s’il n’avait jamais vraiment existé.
D’un autre côté, c’est vrai que ça fait déjà plusieurs années.
 
Un cognement à ma porte me sort de ma rêverie et je me redresse un peu sur ma chaise en donnant la permission à l’arrivant d’entrer. Sans surprise, c’est un surveillant qui passe sa tête noire par ma porte, avant de pousser deux élèves – humains – à l’intérieur de la pièce, ignorant totalement leurs protestations. Je souris un peu, avant de forcer un soupir.
« Encore vous, hein ? C’est quoi, cette fois ?
- On n’a rien fait ! Proteste le premier tandis que le surveillant ferme la porte derrière lui.
- Rien fait ?
- Oui, enfin, il est… possible qu’on ait malencontreusement raté la dernière heure de cours.
- Juste la dernière heure ? Je demande en levant un sourcil amusé.
- Peut-être un peu plus, répond l’autre garçon en haussant les épaules.
- C’est pas comme si on l’avait fait exprès ! Vous savez comment c’est, le temps nous file entre les doigts, et quand on s’en rend compte, les cours sont déjà terminés.
- Ce serait peut-être le moment d’investir dans une montre, monsieur English. »
L’intéressé me sert un petit sourire d’excuse et je lève les yeux au ciel.
« Sérieusement, c’est pas la première fois que vous me faites le coup. Je suis que CPE ici, comptez pas sur moi pour vous couvrir éternellement, les gars. J’ai pas envie que madame la directrice me tombe dessus. Et Dirk, crois pas que je te traiterai différemment parce que je connais ton cousin. La prochaine fois j’aurai pas d’autres choix que de vous mettre deux heures de colle, c’est clair ?
- Comme de l’eau de roche, monsieur ! »
Ceci dit, il incline légèrement la tête en signe d’au revoir et quitte mon bureau, suivi de près par le garçon blond que j’aperçois esquisser un micro-sourire – décidément, c’est de famille.
 
 
La nuit est presque tombée quand je passe enfin la clé dans la serrure de mon appartement. Les journées sont plutôt crevantes, en cette période de l’année. Là j’ai qu’une envie, c’est de m’allonger sur le canapé et ne plus bouger jusqu’à demain. Peut-être me mettre un film. J’ai à peine le temps de pousser la porte d’entrée que le bruit de quelque chose qui tombe me stoppe net.
« Merde, putain, FAIT CHIER ! »
Je ne prends même pas la peine de retenir un petit rire et, retirant mes chaussures, je me dirige jusqu’à l’origine des cris plus que familiers. Quand mes pas me mènent jusqu’à la cuisine, où je découvre un certain troll accroupi pour ramasser des casseroles tombées au sol, je lève un sourcil.
« Karkat, tu… cuisines ? »
L’interpellé se relève aussitôt et me sert une grimace agacée.
« OK alors avant même que tu ne commences les éternels ‘mais c’est un miracle !’, ‘tu t’es cogné la tête ?’ ou autres conneries du genre, je t’arrête de suite avec un argument qui je pense répondra à toutes les questions que tu pourrais te poser sur ma présence dans cette cuisine et le plat en train de cuire sur le feu : ta. Gueule.
- Ça, c’est de l’argument.
- Continue comme ça et tu mangeras pas. »
Il se retourne pour aller remuer la préparation et je me glisse derrière lui, passant un bras autour de ses épaules pour m’appuyer un peu sur son dos au passage.
« T’as terminé tout ton boulot ? Je demande.
- Pratiquement. Maintenant que je bloque plus sur ces putains d’expressions anciennes, me reste plus qu’à traduire le reste et ce sera bon. Je pense que j’aurai terminé demain, du coup je peux faire une pause ce soir.
- Héhé, cool. »
Je glisse un baiser dans son cou et m’échappe rapidement avant qu’il ne se plaigne que je le dérange pendant qu’il cuisine. C’est suffisamment rare comme ça, j’ai pas envie de lui donner des raisons de le faire encore moins souvent.
M’installant sur le canapé, je commence à feuilleter le programme télé.
« Y’a ta sœur qui a appelé, au fait.
- Jade ? Elle voulait quoi ?
- J’crois qu’elle voulait écrire un article sur notre ancien lycée. Vu que t’y bosses maintenant, elle voulait que tu l’aides.
- Oh. »
Je pose le programme et ferme les yeux un moment. En y repensant, ça doit bien être un miracle que j’aie réussi à trouver ce travail. J’aurais pas voulu d’un autre lycée, pour être honnête.
J’ouvre les yeux quand un poids vient se poser contre mon épaule. Visiblement, Karkat a jugé qu’il pouvait laisser sa préparation finir de cuire seule. Je passe un bras autour de sa taille pour le coller un peu plus à moi, et on reste comme ça un moment, jusqu’à ce que le besoin de faire revivre la conversation me reprenne.
« Hé, tu te souviens de la première fois qu’on s’est parlés ?
- Tu veux dire, la première fois que tu m’as parlé pendant que j’étais trop occupé à sentir tous mes neurones commettre un suicide collectif pour écouter ce que tu me disais ?
- Ouais, haha, tu m’as envoyé chier cette fois-là aussi.
- Urg. Je le pense pas vraiment. Enfin, quand même un peu, mais…
- Je sais ! Mais bon, des fois je me demande… Si on n’avait pas été mis ensemble pour faire cet exposé d’Histoire, tu crois qu’on aurait passé toute notre vie sans jamais se parler ? »
Je tourne mon regard vers lui ; il semble pensif un moment.
« Peut-être. Ou peut-être pas. T’aurais bien fini par trouver une excuse pour venir me faire chier. »
Je ris un peu et Karkat esquisse même un sourire.
« N’empêche, t’imagines, on aurait pu ne pas se connaître.
- Ouais, ça aurait peut-être été mieux. »
Je- quoi ?
Je regarde Karkat, les yeux écarquillés sous le coup de la surprise… Et n’ai droit qu’à une main qui vient pincer ma joue. Et à un sourire moqueur.
« Je serais pas tombé amoureux d’un crétin comme toi ! »

Héhé.
Je crois que je dois vraiment être grave, pour que mon cœur me fasse des coups pareils – s’accélérer pour juste une phrase, sérieux ? – même après des années. J’arrive à sourire malgré la main de Karkat qui tire toujours ma joue et le troll roule des yeux. C’est stupide, sans doute, mais je peux pas m’empêcher de le trouver adorable quand il est comme ça. Je l’aurais sûrement embrassé s’il ne s’était pas soudain relevé d’un bond.
« Merde, ça va cramer ! »
Il court jusqu’à la cuisine et j’éclate de rire, presque plié en deux pendant une bonne minute ou deux. Et les « arrête de te marrer, abruti ! » de Karkat ne font qu’aggraver mon fou-rire. Quand j’arrive plus ou moins à me calmer, je me retourne, à genoux sur le canapé pour observer Karkat dans la pièce derrière, qui pousse un petit soupir de soulagement – chouette, il a réussi à sauver notre repas ! – avant de se tourner vers moi, haussant un sourcil en découvrant que je le regarde.
« Quoi ? »
Mon sourire s’élargit malgré moi et ses sourcils se froncent presque automatiquement.
« J’étais juste en train de me dire que t’étais mignon. Aussi, que j’aimerais bien t’embrasser. »
Je dois me mordre la lèvre inférieure pour me retenir de rire quand ses joues virent au rouge. Il ouvre la bouche comme dans un réflexe pour hurler, mais la referme finalement, et attrape à la place la louche en métal derrière lui, la brandissant en l’air.
« Fais gaffe à toi, je suis armé.
- Tu vas faire quoi, m’assommer avec une louche ?
- Peut-être bien !
- Pitié, non ! Je ferai tout ce que tu voudras, mais pas ça ! »
Je pousse la plaisanterie jusqu’à placer mes bras en croix devant moi comme pour me protéger, et même comme ça je peux le voir rouler des yeux. Il retourne à son plat, qui doit probablement avoir fini de cuire vu qu’il déplace la casserole à côté. Posant mon menton sur mes bras croisés sur le dossier du canapé, je me permets de rajouter, espiègle :
« J’ai toujours envie de t’embrasser, par contre. »
J’entends un petit soupir, mais il se retourne et marche jusqu’à moi. Je me redresse aussitôt pour qu’il vienne déposer un baiser chaste sur mes lèvres.
Enfin, il était chaste jusqu’à ce que j’attrape mon petit-ami par le col pour approfondir un peu le baiser. Sa langue a le goût du plat qu’il est en train de préparer, qu’il a sans doute goûté discrètement. Je le laisse partir assez vite et profite de la vue de ses joues toujours rougies.
« Délicieux.
- T’aurais pu attendre un peu, je sers ton assiette dans trente putains de secondes.
- Je parlais pas du plat. »
À mes mots, Karkat se frappe le front du plat de la main et y laisse cette dernière quelques secondes. Peut-être pour cacher le sourire qui s’est tracé sur son visage. Si c’est le cas, c’est raté.
Hm.
J’me demande si on peut considérer ça considérer ça comme un happy end. Dans « fin heureuse » il y a « fin », ça sous-entendrait que tout s’arrête ici, et ça, ça me ferait mal ! C’est pas parce qu’on est heureux qu’il faut que notre histoire se termine ! Mais bon, j’imagine qu’il y aurait plus tellement de choses à raconter, maintenant. Je veux dire, bien sûr, on vit pas non plus un parfait conte de fée. On a toujours des soucis, et puis ça nous arrive de nous engueuler aussi, mais ça fait partie de la vie, non ?
Bon sang, je crois que je suis en train de tourner ça en une fin clichée. Ça, c’est la faute de Karkat et ses films à l’eau de rose !... Enfin bon, c’est pas si important, j’imagine.
Tout ça pour dire… Ouais, c’était notre histoire. Une histoire un peu bizarre, et pas forcément des plus captivantes, mais notre histoire à nous. Une histoire qui n’aurait probablement jamais commencé sans un exposé inattendu, et un brin de curiosité, et tout un tas d’autres choses qui nous ont poussés l’un vers l’autre. Comme des gâteaux au slime, ou des coups de bouquins sur la tête, des éclats de rire et des larmes rouges ou transparentes… des persécutions aussi, des enquêtes, des problèmes de lycéens, ou encore des baisers échangés sous un escalier en attendant qu’un surveillant s’éloigne. Et aussi…
« Hé, t’as fini de rêvasser dans ton coin ? »
Je lève la tête ; Karkat, en face de moi, me regarde comme si je descendais tout droit d’une autre planète.
« Tu comptes attendre que ça soit froid, ou… ? »
Je souris, et il me sourit en retour, et je pense que je me ficherais bien que tout le reste de ma vie soit triste si ça veut dire que je peux vivre des moments aussi heureux maintenant.
Ouais.

« Héhé. J’arrive ! »


[FINI. BYE NERDS.]
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